dimanche , 28 mai 2023

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L’hypothèque

Bien qu’encore très loin de mettre les Algériens et leurs économies à l’abri d’un chaos social, les cours du pétrole ont repris quelques couleurs après une période plus que stressante pour nos dirigeants, ainsi que pour le citoyen moyen. Tous le monde en Algérie sait, en effet, que nous dépendons des hydrocarbures pour vivre, quelques soit la classe sociale et le niveau intellectuel des uns et des autres. C’est pour cela que les Algériens sont si contents de voir les prix remonter et très inquiets lorsque le baril se négocie au rabais. Il y a certes quelques petites frictions au sein des sociétés. Certains s’estiment lésés et accusent le gouvernement de mal redistribuer l’argent du pétrole et pestent déjà contre la petite hausse dans le prix des carburants. Ils en veulent pour preuve, toutes ses voitures rutilantes et ses villas luxueuses qui ont poussé comme des champignons, au moment où des Algériens ne parviennent toujours pas à trouver un toit décent sous lequel s’abriter en hiver. D’autres en veulent au gouvernement tout simplement parce qu’ils ne sont pas parvenus à s’acheter un climatiseur pour se prémunir des chaleurs que la météo annonce déjà comme caniculaires. L’on aura compris que ce baril qu’on multiplie par près d’un million d’unités et ces quelques milliards de m3 de gaz naturel, qui nous assurent la protection que nous avons présentement.
En fait, l’on a beau crier à l’injustice ou au scandale, il demeure que le bonheur de tout Algérien, quelque soit son statut, est intimement lié à la rente pétrolière. L’on comprend donc aisément qu’un baril à plus de 60 dollars nous permet d’envisager une solution à moyen terme au problème de coupure d’électricité, sans avoir à payer plus cher le service. Il nous permet aussi de consommer notre semoule et notre lait aux mêmes prix quoi qu’il arrive au plan international.
Il nous permet également d’importer plus de voitures et de meubles indonésiens. Bref, le pétrole à plus de 60 dollars nous offre l’occasion de continuer à nous critiquer les uns les autres, à nous poser des questions sur la justice sociale, tout en poursuivant dans notre entêtement à ne pas voir les choses en face, telles qu’elles sont : Nous consommons et c’est tout.
La solution serait-elle dans une dégringolade persistante des cours ? Personne n’ose se poser la question, car pareille perspective ferait vaciller tout l’édifice social pour la simple raison que tout ce que nous avons acquis demeure encore fortement hypothéqué par la rente. C’est la triste réalité. Un baril à 42 dollars, c’est inquiétant, mais il l’est moins qu’à 30 dollars…
Par Nabil.G