
France : une mobilisation d’ampleur révélatrice d’un malaise social persistant
A six mois de la présidentielle, le pays fait désormais face à une double facture, économique, liée aux dégradations subies par les commerces et les bâtiments publics, et sociale, nourrie par les tensions autour du coût de la vie. La mobilisation qui a réuni samedi entre 550.000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, et 800.000 personnes, selon les organisateurs, rassemblait des lycéens, des étudiants, des salariés et des sympathisants du mouvement des «Gilets jaunes», dans le prolongement de plusieurs semaines de mobilisation lycéenne.
Selon des médias locaux, la police a eu recours, à plusieurs reprises, au gaz lacrymogène contre des manifestants, dès le début de la manifestation à Paris, signalant que les forces de l’ordre ont fait usage de l’engin lanceur d’eau et de gaz lacrymogène.
Les organisateurs ambitionnaient de favoriser une «convergence des luttes» avec les anciens gilets jaunes autour de préoccupations communes liées au pouvoir d’achat et de conditions de vie.
Au-delà des revendications éducatives, la mobilisation met en lumière un malaise plus profond autour des moyens consacrés aux services publics, de l’égalité des chances et des perspectives offertes à la jeunesse.
Cette mobilisation intervient dans un contexte économique tendu. Selon les résultats définitifs publiés jeudi par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre, contre 2,4 % en août. Cette accélération s’explique notamment par la hausse des prix de l’énergie qui ont augmenté de 21,3 % sur un an, ceux des produits pétroliers de 36,2 % et ceux de l’alimentation de 1,4 %, accentuant les pressions sur les dépenses des ménages.
Les syndicats de travailleurs ont, de leur côté, appelé à des mobilisations et à des grèves le 5 novembre prochain pour rejeter le projet de budget 2027, défendre l’emploi et réclamer des augmentations de salaires.
La journée de samedi a toutefois été marquée par des violences urbaines dans plusieurs villes du pays, entraînant d’importantes dégradations matérielles et des perturbations de l’activité commerciales. Les autorités ont fait état de 1.800 interpellations dans le pays.
A Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux et Angers, des commerces ont été pillés et des équipements urbains dégradés. Plusieurs mairies et locaux administratifs ont également été pris pour cible.
La Fédération française du commerce et de la distribution (FCD) a estimé dimanche à 1.500 le nombre de commerces directement touchés par ces violences, pour un coût de centaines de millions d’euros.
Son président, Alexandre Bompard, a jugé la facture «très élevée», tout en soulignant qu’il était encore tôt pour en mesurer l’ampleur. Les dégâts occasionnent des pertes de marchandises, des interruptions d’activité et des frais de remise en état pour les commerçants, alors que les collectivités locales doivent également faire face aux coûts de réparation et de sécurisation des équipements publics.
A six mois de l’élection présidentielle, cette mobilisation témoigne de la persistance des préoccupations liées au coût de la vie en France, aux services publics et aux perspectives de la jeunesse, dans un climat marqué par des tensions sociales et des incertitudes politiques.