
Oran, meilleure destination touristique émergente : radioscopie d’une métamorphose économique et culturelle
À l’orée de l’été 2025, Oran ne se raconte plus seulement par sa lumière, sa corniche ou son tempérament méditerranéen. La ville s’impose désormais comme un terrain d’observation privilégié des mutations touristiques en Afrique du Nord, portée par une reconnaissance continentale inédite: celle de meilleure destination touristique émergente d’Afrique de l’année en cours, 2025.
Derrière cette distinction, se cache bien davantage qu’un trophée honorifique. Elle révèle une recomposition profonde du modèle économique local, où le tourisme devient un secteur structurant, pensé comme levier de diversification, de création de valeur et de réappropriation culturelle.
L’enquête menée sur le terrain montre que cette consécration n’est ni fortuite ni improvisée. Elle est le fruit d’un processus de transformation engagé sur plusieurs années, combinant impulsion politique, investissements publics ciblés et montée en puissance de l’initiative privée. À Oran, le tourisme n’est plus conçu comme une activité saisonnière dépendante du littoral, mais comme un écosystème transversal, irriguant l’urbanisme, l’emploi, la culture et même l’image internationale de l’Algérie. Au cœur de cette stratégie figure la volonté, affichée au plus haut sommet de l’État, de rééquilibrer l’économie nationale hors hydrocarbures.
Dans cette optique, Oran apparaît comme une vitrine expérimentale. Les chiffres collectés auprès des services du tourisme confirment l’ampleur du chantier: quatorze nouveaux hôtels livrés durant la seule saison estivale 2025, près de 1 800 lits supplémentaires, auxquels s’ajoutent plus de 112 projets hôteliers achevés ou en cours, totalisant environ 8 000 lits. À moyen terme, 57 autres projets enregistrés devraient porter la capacité globale à plus de 22 000 lits répartis sur plus de 212 structures, positionnant Oran comme l’un des principaux pôles hôteliers du pays. Mais au-delà des statistiques, l’impact économique est tangible.
Chaque nouvelle infrastructure génère une chaîne de valeur locale: emplois directs dans l’hôtellerie et la restauration, métiers connexes (maintenance, transport, sécurité), mais aussi opportunités pour les artisans, guides, artistes et entrepreneurs culturels. Selon des estimations internes au secteur, plusieurs milliers d’emplois directs et indirects ont été créés ces dernières années, principalement au profit des jeunes. Sur le plan culturel, l’enquête révèle une mutation tout aussi significative. Oran ne se contente plus de vendre du soleil et des plages. La ville réinvestit son capital patrimonial et symbolique pour construire une offre touristique identitaire. Théâtre Abdelkader-Alloula, musée du Moudjahid Ahmed-Zabana, centre historique, forteresse de Santa Cruz:
ces lieux ne sont plus de simples décors, mais des ressources culturelles activées, intégrées à des circuits structurés, porteurs de récits et de mémoire.
La visite récente d’une délégation de l’Union africano-asiatique du tourisme et du développement a servi de révélateur. Accueillis par les autorités locales et les professionnels du secteur, les représentants de l’Union ont parcouru les sites emblématiques de la ville, observant de près la cohérence entre patrimoine, infrastructures et services. Leur soutien explicite au projet de classement du théâtre Alloula au patrimoine mondial de l’Unesco illustre une reconnaissance internationale du potentiel culturel d’Oran, longtemps sous-exploité.
L’enquête met également en lumière un autre volet souvent négligé: celui du tourisme urbain et événementiel. La réalisation d’équipements structurants, complexe olympique, stade Miloud-Hadefi, grands parcs urbains, centres de loisirs, a permis à Oran d’accueillir manifestations sportives, festivals et événements internationaux. Ces rendez-vous génèrent des flux touristiques hors saison estivale, contribuant à désaisonnaliser l’activité et à stabiliser l’économie locale. Sur le littoral, l’afflux de plus de quatre millions d’estivants à la mi-juillet 2025 interroge toutefois les capacités de gestion durable. Les autorités ont renforcé les dispositifs de sécurité, de propreté et de protection civile sur les 32 plages autorisées, mais des défis persistent : pression environnementale, gestion des déchets, préservation des espaces naturels. Autant d’enjeux qui conditionneront la crédibilité à long terme du modèle oranais. Ce que révèle finalement cette enquête, c’est qu’Oran avance sur une ligne de crête. Entre ambition internationale et réalités locales, entre attractivité économique et exigence culturelle, la ville expérimente un modèle de développement où le tourisme devient un outil de transformation territoriale.
Un modèle encore perfectible, mais suffisamment structuré pour attirer investisseurs, institutions et regards extérieurs. Pour les acteurs locaux, la distinction africaine agit désormais comme un accélérateur et un test. Accélérateur de visibilité, mais aussi test de cohérence et de durabilité. Car au-delà des classements et des cérémonies, l’enjeu est de faire clairement d’Oran non pas une destination à la mode, mais une capitale touristique et culturelle durable, capable de s’inscrire dans le temps et de rivaliser, sans renier son identité, sur la scène africaine et méditerranéenne.
Yacine Redjami



