Pâtisseries maison : le boom porté par les réseaux sociaux
À quelques jours de l’Aïd El Fitr, les foyers algériens s’activent autour d’une tradition incontournable : la préparation des gâteaux de fête. Dans les cuisines, les parfums de fleur d’oranger et de vanille envahissent l’air, annonçant l’arrivée imminente de la célébration religieuse. Cette période marque également un regain d’activité notable dans le commerce des ingrédients et accessoires dédiés à la pâtisserie, mais aussi dans la vente de gâteaux faits maison, un secteur aujourd’hui dynamisé par le commerce électronique et les services de livraison.
Dans la ville d’Oran notamment, l’engouement pour la confection de pâtisseries de l’Aïd se traduit par une forte affluence dans les marchés spécialisés. Les commerçants multiplient les offres afin de répondre à une demande croissante en matières premières et en ustensiles. Farines spéciales, fruits secs, amandes, noix, chocolat, pâte de dattes ou encore moules décoratifs envahissent les étals, permettant aux familles de réaliser des créations aussi variées qu’originales.
Ces dernières années, les tendances ont évolué vers des pâtisseries modernes et visuellement élaborées. Certaines prennent la forme de fruits, de fleurs ou d’animaux et sont souvent garnies de fruits secs ou de chocolat. L’aspect visuel joue désormais un rôle déterminant, tout comme la texture, la fameuse “croustillance” au moment de la dégustation étant perçue comme un gage de qualité. À côté de ces créations, une catégorie dite de gâteaux “prestige” s’est imposée. Très sucrées et richement décorées, ces pâtisseries misent davantage sur l’esthétique que sur la simplicité des recettes traditionnelles. Les nouvelles tendances incluent également des desserts sans cuisson, réalisés à partir d’ingrédients prêts à l’emploi comme les biscuits, le lait, le chocolat ou les fruits secs. Faciles à préparer et personnalisables, ils séduisent particulièrement les jeunes générations en quête d’originalité.
Malgré cette évolution, les pâtisseries traditionnelles conservent une place centrale dans les foyers algériens. Des spécialités comme le Makrout, le Tcharak, la Ghribia ou encore le mchewek restent indissociables des fêtes religieuses. À Oran, une attention particulière est portée à la préparation du « Torno», également connu dans d’autres régions sous le nom de gâteau moulé ou «Tabaa ». Sa préparation est souvent confiée aux mères et aux grands-mères, dont le savoir-faire transmis de génération en génération garantit une saveur authentique et équilibrée. Ces recettes ancestrales, élaborées à partir d’ingrédients simples et naturels, continuent de séduire les invités lors des célébrations.
Elles constituent un véritable héritage culinaire qui témoigne de l’ingéniosité des anciennes générations, capables de créer des douceurs savoureuses tout en respectant un équilibre nutritionnel. Parallèlement à cette effervescence gastronomique, plusieurs quartiers commerciaux d’Oran connaissent une forte activité à l’approche des fêtes. Les marchés de la Nouvelle Ville, le secteur du Palais des Expositions ou encore certaines grandes artères commerçantes attirent des visiteurs venus de wilayas voisines. Les familles s’y déplacent pour acheter vêtements et accessoires festifs, mais également pour se procurer moules et décorations destinés à la confection des pâtisseries. Cependant, la transformation la plus marquante de ces dernières années reste l’essor du commerce électronique. Grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes numériques, de nombreuses femmes proposent désormais leurs créations culinaires depuis leur domicile. En quelques clics sur un Smartphone, les clients peuvent commander gâteaux et desserts qui leur sont livrés directement à domicile. Cette nouvelle dynamique a favorisé l’émergence d’une véritable économie domestique. À l’approche de l’Aïd, les cuisines se transforment souvent en ateliers improvisés pour répondre aux commandes venant parfois de différentes régions du pays. Les pâtisseries contemporaines, très photogéniques, sont également mises en avant sur les réseaux sociaux, où les internautes rivalisent d’originalité pour présenter leurs tables de fête. Au-delà de l’aspect festif, cette évolution contribue à l’autonomisation économique de nombreuses femmes. Certaines, après avoir commencé par de simples ventes à domicile, ont réussi à développer de petites entreprises et à employer d’autres personnes. De femmes au foyer sans activité rémunérée, elles deviennent ainsi de véritables actrices de l’économie locale, participant à la promotion de la gastronomie traditionnelle et au développement de la production artisanale. À l’approche de l’Aïd, entre héritage culinaire et innovations numériques, l’univers des pâtisseries continue donc d’illustrer la capacité d’adaptation d’un savoir-faire profondément ancré dans la culture algérienne.
Yacine Redjami