
Production locale de médicaments : l’Algérie veut booster ses exportations
L’Algérie veut booster ses exportations
Plusieurs mesures destinées à renforcer la présence des médicaments algériens sur les marchés étrangers ont été présentées lors d’une rencontre organisée mardi par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouassim Kouidri. Intervenant hier dans l’émission « L’invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Redha Belkacemi, chargé d’études et de synthèse au ministère de l’Industrie pharmaceutique, a détaillé les principaux axes de cette démarche, qui vise à convertir le potentiel industriel national en nouvelles opportunités d’exportation. « L’exportation n’est pas uniquement l’affaire d’un seul secteur, elle implique plusieurs départements », a souligné Redha Belkacemi, rappelant que la rencontre a réuni plusieurs acteurs concernés, notamment les Douanes, la Banque d’Algérie, la Safex, les organismes d’assurance et les structures chargées de la promotion des exportations.
Les discussions ont notamment porté sur les avantages accordés aux opérateurs économiques agréés, les facilitations douanières et administratives, ainsi que les mécanismes bancaires liés à la domiciliation des opérations d’exportation, au rapatriement des recettes et au respect des délais réglementaires. Les entreprises nationales peuvent également bénéficier de fonds de soutien destinés à accompagner leur participation aux manifestations commerciales internationales. Ces dispositifs doivent leur permettre de promouvoir leurs produits et de développer leurs relations commerciales avec des partenaires étrangers.
Sur le plan réglementaire, l’Agence nationale des produits pharmaceutiques travaille à l’amélioration des procédures d’enregistrement des médicaments destinés exclusivement à l’exportation. Le rapprochement avec les autorités sanitaires étrangères figure également parmi les axes retenus pour faciliter l’accès des produits pharmaceutiques algériens aux marchés internationaux. Parallèlement au développement des exportations, le ministère de l’Industrie pharmaceutique travaille à l’élaboration de la première liste nationale des médicaments essentiels. Annoncée mardi dernier par le ministre Ouassim Kouidri, cette liste devrait être finalisée avant la fin de l’année 2026. Présenté comme un outil de souveraineté sanitaire par Redha Belkacemi, ce référentiel doit permettre de hiérarchiser les besoins de santé de la population, de garantir la disponibilité continue des traitements prioritaires et d’orienter les investissements dans le secteur pharmaceutique. Son élaboration est confiée à un comité d’experts, conformément à la loi 18-11 relative à la santé et au décret exécutif 21-224. L’un de ses objectifs consiste notamment à identifier les médicaments actuellement importés qui pourraient être fabriqués localement. Le nombre de produits concernés ainsi que les familles thérapeutiques retenues seront communiqués ultérieurement, a précisé le responsable.
Cette démarche intervient dans un contexte où la sécurisation des approvisionnements demeure une priorité. Selon Redha Belkacemi, un dispositif de veille associant plusieurs institutions et partenaires socio-économiques assure déjà le suivi des tensions susceptibles d’affecter la disponibilité des médicaments sur le marché national. L’industrie pharmaceutique algérienne dispose aujourd’hui de plus de 230 établissements de fabrication et couvre environ 84 % des besoins nationaux en médicaments, selon les chiffres communiqués par le responsable du ministère. Cette capacité de production constitue un levier pour développer les exportations. Toutefois, la réduction de la dépendance aux matières premières importées demeure un enjeu important pour consolider les capacités industrielles du pays.
Plusieurs projets sont engagés dans cette perspective. Ils concernent notamment la production de paracétamol à Batna, le développement des anticancéreux et la modernisation des installations du groupe public Saidal à Médéa, en vue de renforcer les capacités de production de matières premières destinées aux antibiotiques. Pour Redha Belkacemi, ces investissements doivent permettre de mieux anticiper les risques de rupture d’approvisionnement et de renforcer l’autonomie industrielle nationale. Il a notamment rappelé les enseignements tirés de la pandémie de Covid-19, ainsi que les risques épidémiques persistants sur le continent africain. La diversification des capacités de production et la maîtrise progressive des matières premières apparaissent ainsi comme des conditions importantes pour assurer la continuité de l’approvisionnement en médicaments et soutenir durablement les exportations.
L’autre axe stratégique concerne le renforcement du système national de réglementation pharmaceutique. L’Algérie poursuit les réformes nécessaires pour atteindre le niveau de maturité 3 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une démarche destinée à consolider la reconnaissance internationale de ses autorités réglementaires. Engagé depuis 2025, ce processus mobilise les autorités pharmaceutiques, les structures sanitaires et les organismes de pharmacovigilance autour d’exigences communes en matière de qualité, de sécurité et d’efficacité des médicaments. L’obtention de ce niveau de maturité doit contribuer à renforcer la crédibilité du système réglementaire algérien et à faciliter l’accès des médicaments produits localement aux marchés étrangers.
Mohand S



