
Selon une enquête publiée par le journal «CAMBIO» : les Emirats dans le circuit de la contrebande d’or colombien et les soupçons de blanchiment de ses revenus
L‘enquête, réalisée par les journalistes Sylvia Charry et Iván Serrano, révèle que des réseaux soupçonnés de se livrer à la contrebande d’or s’appuient sur le financement en cryptomonnaies, des intermédiaires locaux, des véhicules équipés de caches secrètes et des avions privés pour transporter le métal depuis les régions minières colombiennes jusqu’à Dubaï, citée parmi les destinations potentielles de ces cargaisons.
Ce circuit place les Emirats face à des interrogations concernant le contrôle du commerce de l’or, la capacité à déterminer l’origine du métal importé et à empêcher l’introduction de l’or de contrebande dans les marchés légaux, notamment lorsque celui-ci transite par plusieurs pays et est refondu puis transformé en lingots avant d’atteindre sa destination finale.
Selon l’enquête du journal colombien, le circuit présumé commence par le transport de l’or depuis les régions minières colombiennes vers les villes de Medellín, Bucaramanga et Cúcuta, avant le franchissement de la frontière vénézuélienne, en passant par San Antonio del Táchira, jusqu’à Caracas, où il est refondu et transformé en lingots de différentes tailles.
Selon des sources citées par le journal, ces lingots sont ensuite transportés dans les bagages de voyageurs ou à bord d’avions privés, sur un itinéraire reliant Caracas à Dubaï.
Dubaï revêt une importance particulière dans ce contexte, en tant que destination émiratie mentionnée dans l’itinéraire décrit par les sources, ce qui soulève des interrogations quant aux entités susceptibles de réceptionner l’or, de l’acheter, de le raffiner à nouveau ou de le réexporter, ainsi que sur la possibilité d’en retracer l’origine après son passage par plusieurs étapes de transport et de commercialisation.
L’aspect préoccupant de ces réseaux ne se limite pas aux méthodes de transport de l’or, mais concerne également les mécanismes de financement des achats.
L’enquête rapporte ainsi le témoignage d’un professionnel du commerce des métaux précieux selon lequel des acheteurs établis hors de Colombie versent des avances en utilisant la cryptomonnaie Tether (USDT), pour des montants compris entre 500.000 et un million de dollars, avant leur conversion en pesos colombiens afin d’acheter l’or auprès des producteurs et des intermédiaires locaux.
Selon la même source, le coût de conversion de ces fonds en monnaie locale varie entre 1,5 et 2 % du montant de la transaction, tandis que les intermédiaires se chargent de collecter l’or et de le préparer au transport, permettant ainsi de dissocier les financeurs des personnes qui achètent et transportent effectivement le métal.
Ce mécanisme complique davantage le traçage des fonds liés au commerce de l’or, notamment lorsque les parties impliquées dans l’opération se multiplient et que font défaut les documents permettant d’établir l’origine du métal et l’entité qui l’a extrait, des éléments importants lorsqu’il s’agit d’identifier les parties susceptibles de réceptionner les cargaisons à Dubaï.
La présence de Dubaï parmi les itinéraires de la contrebande d’or colombien place les Emirats face à de graves soupçons quant à leur rôle dans la réception de l’or et soulève de vives interrogations sur leur éventuelle transformation en une porte d’entrée pour l’écoulement des revenus d’un commerce illicite transfrontalier.



