Abderrahmane Hadef : «L’Algérie engage une véritable transition économique au-delà de la rente pétrolière»
L’économiste et expert en développement économique, Abderrahmane Hadef, estime que l’Algérie vit actuellement les prémices d’une véritable transformation économique, marquée par une volonté affirmée de s’éloigner progressivement de la dépendance aux hydrocarbures.
Invité hier de l’émission « L’Invité de la Matinale » sur la Chaîne 1 de la Radio nationale, il a souligné que l’année 2025 a constitué « une phase fondatrice d’une nouvelle doctrine économique », orientée vers la souveraineté économique nationale, l’augmentation de la production et la promotion du commerce extérieur. Selon lui, les indicateurs macro-économiques hors hydrocarbures affichent une dynamique positive, avec un taux de croissance supérieur à 4 %. Un rythme qui, affirme-t-il, devrait se traduire concrètement par la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Hadef considère par ailleurs que l’année 2026 sera celle de la gouvernance des finances publiques, un chantier prioritaire visant à renforcer la transparence, rationaliser les dépenses et améliorer l’efficacité de la gestion budgétaire. Cette démarche suppose, selon lui, discipline, rigueur et optimisation des ressources publiques. Il a également insisté sur la nécessité d’accélérer la dynamique de l’économie de production, afin de permettre au pays d’atteindre des niveaux de croissance supérieurs à 6 %, à la faveur des réformes structurelles engagées ces dernières années.
Évoquant les prévisions économiques, Hadef a rappelé que la Loi de finances 2026 table sur une croissance de 4,1 %, puis 4,4 % en 2027 et 4,5 % en 2028. Cette progression reposerait principalement sur les secteurs non-pétroliers, notamment l’industrie, l’agriculture et les services, confirmant la volonté de l’État de réduire la dépendance aux revenus pétroliers et gaziers. Il a relevé que le budget 2026, estimé à près de 135 milliards de dollars, le plus élevé de l’histoire du pays, sera largement orienté vers l’investissement public, les infrastructures et le soutien à la production, tout en préservant les dispositifs sociaux, tels que la prime chômage et l’aide sur les produits essentiels. L’agriculture, en particulier, bénéficie d’un renforcement notable de ses dotations, avec pour objectif de porter sa contribution à 20 % du PIB, en misant sur la substitution aux importations.
Pour Abderrahmane Hadef , l’amélioration de la gestion publique est indispensable afin d’assurer l’efficacité des réformes. Il appelle à rompre avec les méthodes administratives cloisonnées, au profit d’une action gouvernementale plus coordonnée et orientée résultats. Il met également en avant l’importance du développement de l’économie numérique et de l’industrie, en citant notamment les secteurs agro-alimentaire, pharmaceutique, mécanique et électronique, tout en encourageant l’intégration progressive dans la quatrième révolution industrielle, en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle. Selon lui, le numérique constitue un levier stratégique pour accroître la productivité, renforcer la compétitivité et stimuler l’innovation, à condition de mettre en place un écosystème propice et une accélération réelle du processus de digitalisation.
L’expert a enfin souligné la nécessité de renforcer la contribution du secteur privé, d’améliorer les infrastructures et d’intégrer progressivement l’économie informelle dans le circuit officiel, afin de consolider la base productive nationale. Pour Abderrahmane Hadef, l’Algérie dispose aujourd’hui de tous les atouts pour réussir son tournant économique, à condition de maintenir la dynamique de réforme, d’améliorer la gouvernance et de soutenir l’innovation et l’investissement productif.
Noreddine Oumessaoud



