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Cap Falcon, le littoral aux deux visages : quand le formel et l’informel se côtoient dans l’indifférence

À Cap Falcon, localité côtière rattachée administrativement à la commune d’Aïn El Türck, le paysage raconte une histoire de contrastes. Ici, l’habitat formel et l’informel se frôlent, s’entremêlent parfois, dessinant un décor urbain aussi saisissant que déroutant. Dans cette zone très fréquentée, notamment en période estivale, les habitants cohabitent dans un cadre où la fortune des uns côtoie l’infortune des autres.

Le site, prisé pour sa baie ouverte sur la Méditerranée, portait déjà les marques d’une occupation ancienne, bien avant l’indépendance. Des maisons solides, parfois cossues, et des villas héritées d’une autre époque s’accrochent encore aujourd’hui aux flancs de la montagne, dominant la mer comme des sentinelles immuables. Mais autour de ce bâti originel est venu se greffer, au fil des décennies, un autre visage de Cap Falcon. Sans véritable plan d’aménagement, sous la pression démographique et la rareté du foncier, un ensemble hétéroclite de constructions informelles s’est progressivement imposé. Baraques de fortune, extensions anarchiques, habitations précaires ou inachevées se sont insérées entre les anciennes maisons et les villas perchées sur les hauteurs. Le résultat est un tissu urbain morcelé, où les matériaux, les volumes et les styles s’entrechoquent, donnant à l’ensemble un aspect chaotique. Ce voisinage forcé entre habitat réglementaire et habitat spontané révèle les profondes inégalités sociales qui traversent la région.
D’un côté, des résidences bénéficiant de vues imprenables sur la baie ; de l’autre, des logements souvent dépourvus d’équipements de base, exposés aux risques naturels et à l’isolement. Une cohabitation fragile, marquée par l’absence d’infrastructures adaptées, les problèmes d’assainissement et les difficultés d’accès aux services publics.
Au-delà de la carte postale touristique, Cap Falcon apparaît ainsi comme un espace de tensions urbaines, reflet d’un développement non maîtrisé. Un territoire où la beauté du site contraste avec la dure réalité de l’habitat informel, posant avec acuité la question de la planification, du droit au logement et de l’avenir de ce littoral aussi convoité que vulnérable.

Karim Bennacef

 

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