La fin d’une époque et le début d’une autre
L’entrée en mer du plus grand porte-avions au monde, le Gerald Ford, et l’essor d’un déploiement américain déjà impressionnant au Moyen-Orient ne sont pas seulement des faits militaires. Ce sont des signaux politiques qui résonnent bien au-delà des cartes maritimes. Ils témoignent d’une volonté américaine affirmée de maintenir, voire d’imposer, un diktat dans une région où les équilibres se jouent sur des marges fines, entre intérêts stratégiques, sécurité internationale et échos d’un passé où les interventions se soldent par des conséquences lourdes.
L’affichage de puissance militaire américaine apparaît comme un outil de dissuasion, une carte pour rappeler que les États-Unis ne lâchent pas leur filet de sécurité sur une zone qu’ils considèrent comme une zone d’influence vitale. Mais ce raisonnement est en réalité une réaffirmation d’un ordre post-guerre froide qui s’obstine à croire que la puissance navale et les imposants carnets de commandes de l’armement suffisent à résoudre des défis qui échappent à la simple démonstration de force. L’ombre d’une éventuelle confrontation où des armes nucléaires pourraient être discutées, même comme option théorique, suffit à réveiller les cauchemars stratégiques d’une région où les lignes rouges se redessinent chaque jour. Un tel scénario n’est pas une hypothèse abstraite. Il menace d’effacer des lignes de démarcation ténues entre dissuasion et action, entre prévention et provocation.
La vraie question n’est pas seulement « combien de navires » ou « quelle flotte est plus imposante », mais l’impensable coût en vies humaines que le conflit imaginé par les sionistes peut engendrer. Des populations civiles déplacées, des infrastructures détruites, des ruptures économiques qui frappent d’abord ceux qui n’y peuvent rien. Et si, dans ce théâtre, les décisions se prennent loin des regards, l’éthique et la responsabilité restent les véritables boussoles. Le recours à la dissuasion et à la démonstration de puissance ne peut être le seul langage acceptable dans des zones où les blessures historiques et les traumatismes collectifs pèsent encore.
La voie sensée est celle d’un multilatéralisme assumé par tous. Le dire en ces termes, c’est paraître naïf, face à un occident déterminé à empêcher l’avènement d’un nouvel ordre mondial où les USA ne seraient pas l’Alpha et l’Omega. Ce qui se déroule présentement dans au large des côtes iraniennes matérialise toute la tension que vit le monde depuis que les Etats Unis ont compris que la fin de leur hégémonie est une simple question de temps.
Cela pour dire que l’ampleur du déploiement américain au Moyen-Orient n’est pas qu’une opération militaire, aussi vaste, puisse-t-elle être. C’est un test grandeur nature de la fin d’une époque et le début d’une autre. De quoi sera fait l’avenir ? Bien malin celui qui pourra répondre à cette question.
Par Nabil.G