Approvisionnement en médicaments : une stratégie renforcée pour anticiper les perturbations
Les professionnels du secteur de la pharmacie vont tenir aujourd’hui une réunion au ministère de l’Industrie pharmaceutique pour examiner la disponibilité des médicaments et la lutte contre les pénuries.
La tenue de cette rencontre périodique a été annoncée hier par le vice-président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) et membre de l’Observatoire national de la veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques, Mehdi Bouchene.
Intervenant dans l’émission «L’invité du jour» sur la chaîne III de la Radio nationale, M. Bouchene a souligné que cette rencontre périodique vise à examiner de manière «claire, honnête et objective» les situations de rupture et de tension enregistrées sur le marché. Il s’agira notamment d’identifier avec précision les produits concernés et d’évaluer les mesures à renforcer pour y faire face. Selon lui, l’objectif principal est de « maintenir un équilibre du marché » et d’« anticiper d’éventuelles perturbations », notamment celles liées aux tensions géopolitiques internationales susceptibles d’impacter les chaînes d’approvisionnement. Dans cette dynamique, M. Bouchene a estimé que les notes diffusées samedi dernier par le ministère ont constitué un tournant important.
Celles-ci ont appelé l’ensemble des opérateurs à signaler toute difficulté liée au transport, au déchargement ou à l’approvisionnement en matières premières. Parallèlement, des commissions d’enquête mixtes, composées des services du commerce et de l’industrie pharmaceutique, ont été déployées au niveau des wilayas afin de renforcer le suivi du marché. Ces commissions ont pour mission de contrôler les producteurs, les importateurs et les distributeurs, afin de vérifier le respect des programmes prévisionnels, d’identifier d’éventuelles pratiques non réglementaires et de s’assurer que les stocks disponibles sont effectivement injectés dans le circuit de distribution. Ces inspections peuvent déboucher sur des sanctions sévères, allant jusqu’à la fermeture d’établissements en cas de manquements graves, a précisé l’expert. Concernant les médicaments en tension, Mehdi Bouchene a assuré que la situation reste globalement maîtrisée.
«Les chiffres varient entre 30 et 60 produits qui sont soit en rupture, soit en tension », a-t-il indiqué. Il distingue deux catégories : d’une part, les produits disponibles mais difficilement accessibles, estimés entre 20 et 30, et d’autre part, les médicaments totalement indisponibles, en nombre beaucoup plus limité. Les causes de ces tensions sont multiples.
Elles tiennent notamment à la dépendance aux matières premières importées, principalement d’Asie, aux contraintes logistiques liées au transport international, mais aussi à des choix économiques des laboratoires, qui privilégient des marchés plus rentables. M. Bouchene a également relevé que certains médicaments à faible coût, avoisinant les 200 dinars, ne sont pas produits localement, leur fabrication étant jugée non viable sur le plan économique. À ces facteurs structurels s’ajoutent des comportements qui peuvent aggraver la situation. «Il faut éviter de céder à la rumeur», a insisté Mehdi Bouchene, soulignant que le stockage excessif de médicaments par les patients peut accentuer artificiellement les tensions.Il a rappelé des précédents où la consommation avait fortement augmenté en raison de craintes infondées, provoquant des déséquilibres dans la distribution. Dans ce contexte, il appelle à une responsabilité collective afin de garantir un accès équitable aux médicaments pour tous les citoyens.
Amélioration récente de la disponibilité
Malgré ces tensions ponctuelles, des améliorations notables ont été observées ces derniers jours. Selon M. Bouchene, les mesures prises par le ministère ont permis la remise sur le marché de plusieurs produits. Les délais de réapprovisionnement, estimés entre 48 heures et cinq jours, commencent déjà à produire leurs effets. « Nous avons senti une amélioration », a-t-il affirmé, tout en espérant que cette dynamique se maintienne. Il a également insisté sur l’importance de la coordination entre les différents acteurs, notamment le syndicat des pharmaciens, les autorités publiques et les opérateurs économiques, afin de signaler rapidement les dysfonctionnements et d’y remédier efficacement. Un autre élément clé réside dans la montée en puissance de la production nationale. M. Bouchene a rappelé que 82 % des produits commercialisés en officines sont désormais fabriqués en Algérie, soulignant une progression significative ces dernières années. Cette évolution permet, selon lui, de réduire la dépendance aux importations et de garantir des prix accessibles grâce au système de remboursement et à la politique de régulation en vigueur.
Toutefois, il a insisté sur la nécessité de diversifier davantage la production locale afin d’éviter qu’un médicament ne dépende d’un seul fabricant, ce qui constitue un facteur de risque en cas de défaillance. Le vice-président du Snapo a évoqué plusieurs projets industriels en cours, notamment en partenariat avec des acteurs étrangers. Il a cité le cas de la lévothyroxine, un médicament largement utilisé en Algérie et actuellement importé. Un projet est en cours entre un opérateur économique algérien et le laboratoire d’origine en Allemagne pour produire localement ce traitement.
Les premières mises sur le marché sont attendues à l’horizon juin 2027, après les étapes de stabilisation et de contrôle de qualité. Au-delà de cet exemple, d’autres projets concernent la fabrication d’intrants essentiels, comme les flacons en verre médical, actuellement importés. Ces initiatives devraient contribuer à renforcer la souveraineté pharmaceutique du pays.
Mohand S



