
«Chroniques oranaises », d’Abdellah Bendenia : entre Oran et Cayenne, le récit d’un authentique oranais
«Chroniques Oranaises», de notre défunt ami et confrère Abdellah Bendenia est une plongée palpitante dans deux endroits séparés par des milliers de kilomètres.
Oran et le bagne de Cayenne en Guyane française, constituent le décor de ce roman écrit avec ferveur et maitrise. A travers les personnages de ce roman, l’auteur fait un va-et- vient incessant entre les difficiles conditions de vie des bagnards musulmans et leurs origines algériennes.
Feu Bendenia, amoureux fou de sa ville natale Oran, décrit à travers le passé de chacun de ses personnages centraux, les quartiers de cette ville millénaire. On redécouvre ainsi l’histoire du faubourg Lamur (El Hamri actuellement), Fernand ville, le Village Negre (Mdina jdida), la Montagne des Lions et d’autres lieux mythiques de la ville.
On replonge ainsi dans le Oran d’autrefois grâce à la plume alerte d’Abdellah Bendenia, qui décrit avec maestria les conditions de vie des indigènes algériens, soumis à l’injustice du colonisateur français. Dans un monde régi par la loi du silence et des regards, c’est la trajectoire misérable et insupportable de personnages qui ont vu leur vie basculer dans le néant et l’horreur.
Des bagnards qui ont eu, plus qu’Henry Charrière (Papillon), que l’écrivain cite furtivement dans son roman, à connaitre les affres de toutes les privations et de la soumission à un ordre carcéral et colonial des plus brutaux qui soit. Mais dans ce monde de brutes et d’horreur, la plume alerte de Bendenia nous emmène vers des sentiments que l’on ne pourrait soupçonner dans un endroit pareil. L’auteur décrit d’une manière subliminale cette histoire d’amour entre un bagnard, Abed, qui a frôlé la mort et la gouvernante du directeur de prison, la douce Ouvani.
Une histoire d’amour d’une grande sensibilité qui parait peu imaginable dans un endroit pareil. Sans vouloir déflorer toute l’histoire du roman, ce livre est une œuvre aboutie d’un homme qui a pris comme point de départ une histoire authentique, de personnages qui ont réellement existé et qui, de par leur amer vécu, témoignent de cette autre face de la vie des Algériens pendant la longue nuit coloniale de la France en Algérie. Un livre qui aurait pu ne jamais voir le jour, si ce n’était l’abnégation et la détermination de Mme Bendenia qui a tenu et tout fait pour que le livre de son époux soit entre les mains des lecteurs aujourd’hui. Une bénédiction pour la littérature et les férus des beaux écrits que nous sommes. Retrouvez ici, Madame, toute notre gratitude et nos remerciements.
Abdelmadjid Blidi



