
Le cas de l’exploitation agricole collective (EAC), « Benamar Boubekeur » n’est pas isolé. Il illustre à lui seul, la dramatique situation que vit la majorité des exploitations agricoles de la région de Bousfer, en raison de l’absence d’une pluviométrie clémente et d’un système d’irrigation adéquat. Et pour cause.
La faible pluviométrie qu’enregistre depuis des mois la wilaya d’Oran en général et la commune de Bousfer en particulier, est en passe d’hypothéquer toute une saison de labeur de dizaines d’agriculteurs de Bousfer, dont les récoltes en fruits et autres légumes, sont presque réduites à néant, pour ne pas dire carrément exterminées, comme l’explique, l’air abattu, Belarbi, un exploitant de l’EAC « Benamar Boubekeur». Déjà traumatisés par les mauvaises récoltes des années précédentes, cette année, les exploitants doivent faire face à une situation beaucoup plus compliquée, avec des dettes qui ont fini par les obérer et les plonger dans une autre situation, financière celle-là, beaucoup plus inextricable. « Les arbustes d’amandes douces meurent asséchés à leur implantation faute d’eau, la récolte des petits pois n’a même pas pu voir le jour, les abricotiers pourtant résistants à la sècheresse flétrissent avant leur maturité, les pêchers ne produisent que des calibres ne dépassant guère les deux centimètres de diamètre », évoque-t-il avec amertume, soulignant au passage que leurs préoccupations ont été adressées à la direction des services agricoles de la wilaya (DSA) pour un éventuel soutien financier et/ou de compensation aux pertes financières subies. Il y a lieu de noter que, dépourvues de systèmes d’irrigation au goutte à goutte, certaines exploitations agricoles, à l’instar de l’EAC « Benamar Boubekeur », se trouvent dans l’obligation d’irriguer à leurs frais et au prix fort, en recourant aux camions citernes, ce qui constitue en lui-même tout un budget. Rappelons à cet effet, que lors d’une récente visite de travail, effectuée par le wali Sayoud dans la daïra d’Aïn El Türck, celui-ci était fortement intrigué, pour reprendre sa question posée au responsable de la station d’épuration des eaux usées (STEP) de Cap Falcon, que durant l’année 2022, il a été constaté « 0% de centimètres carrés d’irrigués », tout en s’interrogeant, sans obtenir de réponse évidente, où sont parties toutes les eaux usées récoltées des stations de relevage censées être destinées à l’irrigation des terres agricoles de la région. Un constat accablant, dont sont les souffre-douleurs les agriculteurs de la région de Bousfer, et dont les résultats calamiteux ne se sont pas fait attendre lors de cette saison agricole. « Sans aide de l’Etat, avoue notre interlocuteur Belarbi, qui a dû contracter une dette de 25 millions de centimes pour le fonçage d’un puits, c’est la descente aux enfers, les récoltes de cette année ne couvriraient même pas les frais de nourriture pour les familles ». Le constat est encore plus affligeant dans le sens où, la région de Bousfer, qui produisait, auparavant, une douzaine de variétés de pêches, dont certaines ont disparu en raison de la sécheresse, a l’exclusivité de la production de la pêche « Alberta », une variété produite qu’en Algérie et dans la région de Bousfer. Une reconnaissance du responsable du secteur agricole d’Oran, qui avait annoncé l’engagement de la DSA pour l’élaboration d’un dossier pour la labellisation de la pêche Alberta, afin de préserver ce produit agricole de l’extinction et œuvrer à l’extension des surfaces réservées à ces arbres fruitiers en soutenant les agriculteurs dans le domaine du forage des puits, de la mise en place de bassins d’eau et de la fourniture d’électricité aux exploitations agricoles. Une sortie sur terrain des responsables des services agricoles de la wilaya est plus que souhaitée par les agriculteurs en détresse, afin de constater de visu, l’état de déliquescence dans lequel se trouve le secteur agricole dans la région de Bousfer.
Karim Bennacef