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La main du Makhzen ne fait plus aucun doute : nouvelle entrée massive de migrants à Ceuta en préparation

Les réseaux de passeurs ne peuvent être seuls responsables, faute de moyens pour organiser un mouvement de cette ampleur. D’après des rapports espagnols, le rôle du Makhzen est plus qu’évident.

Selon un média espagnol, l’ambassade d’Espagne à Rabat a averti Madrid que des messages circulant sur les réseaux sociaux incitent à une nouvelle tentative d’entrée clandestine en masse à Ceuta, mercredi prochain, jour du scrutin législatif au Maroc. Le quotidien El Confidencial, qui s’appuie sur des sources de la présidence du gouvernement espagnol, précise que le service intérieur de l’ambassade a repéré des publications appelant des Marocains à franchir la frontière. Leurs auteurs comptent sur un éventuel « accaparement » des forces de sécurité marocaines, mobilisées pour sécuriser les élections.

Le gouvernement espagnol a reçu ces informations jeudi. Certaines publications décrivent le jour du vote comme une « occasion exceptionnelle » de déjouer le dispositif sécuritaire que Rabat aurait renforcé depuis la vague d’entrées collectives des 30 et 31 juillet. Ces appels viseraient Ceuta comme Melilla, mais la plupart concerneraient Ceuta. L’ambassade prévient aussi que ces messages pourraient se multiplier à l’approche du 23 septembre. Des appels similaires avaient déjà circulé en août.

Madrid a récemment rendu publics 40 documents (rapports et correspondances) émanant du Centre national de renseignement (CNI), de la Garde civile, de la Police nationale et du Centre de renseignement des forces armées (CIFAS). Ils reconstituent la chronologie des informations disponibles avant l’afflux massif des 30 et 31 juillet, durant lequel plus de 70 000 personnes auraient tenté de gagner Ceuta. D’après un document du CNI, les services espagnols avaient averti dès le 29 juillet leurs homologues marocains, la DGST et la DGED, que des appels à traverser par voie terrestre et maritime le lendemain circulaient. Aux premières heures du 30 juillet, les autorités espagnoles ont constaté que Rabat n’avait pris aucune mesure pour contenir la situation, alors que des centaines de personnes avaient déjà tenté de rejoindre Ceuta à la nage pendant la nuit.

L’expert en sécurité José Maria Gil Garre soutient pour sa part que le Makhzen a orchestré l’« invasion » de Ceuta. Selon lui, des ordres ont été transmis jusqu’au niveau opérationnel des gendarmes et des forces auxiliaires déployés à la frontière, afin de laisser passer illégalement les migrants en territoire espagnol. Le rapport publié par La Razón y voit l’un des instruments classiques de pression asymétrique du Makhzen, à savoir la faculté d’ajuster la réponse des forces de sécurité à la frontière, utilisé en toute connaissance de cause et sur instructions. Le document ajoute que les consignes sur le positionnement des forces, la gestion des flux migratoires et le déploiement des barrages flottants attestent d’une chaîne de commandement opérationnelle descendant jusqu’à ce niveau.

Un rapport de la Police espagnole mentionne, de son côté, l’intervention d’éléments marocains en uniforme qui auraient orienté certains migrants vers des points de passage, et qualifie l’attitude de Rabat de « tolérance totale ».

Selon ces sources espagnoles, les réseaux de passeurs ne peuvent être seuls responsables, faute de moyens pour organiser un mouvement de cette ampleur. Elles pointent enfin, d’après les rapports espagnols, le rôle du Makhzen dans l’instrumentalisation de la question migratoire comme moyen de pression sur l’Espagne, tout en cherchant à se dégager de sa responsabilité dans cette crise.

Yahia Bourit

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