Violence scolaire : le CHU organise une journée d’étude consacré au phénomène
Oran, comme d’autres wilayas, fait face à une augmentation préoccupante des phénomènes de harcèlement et de violence en milieu scolaire, qui touchent enfants et adolescents et peuvent avoir des conséquences durables sur leur santé mentale.
Face à cette réalité, une journée d’étude organisée Centre Hospitalier Universitaire Dr. Benzerdjeb a rassemblé professionnels de santé, des acteurs de l’éducation, des psychologues, des juristes, des représentants associatifs et des parents. L’objectif visé est de mieux comprendre le harcèlement scolaire et la violence en milieu éducatif, prévenir leurs effets, et assurer un accompagnement efficace des victimes.
Pour le Professeur Kourti Nazim, directeur des activités médicales et paramédicales du CHU d’Oran, ces phénomènes ne sont pas nouveaux mais leur visibilité s’accroît grâce à l’amélioration des outils de diagnostic et de signalement.
Selon les données de la santé scolaire à Oran, 1 à 2 % des élèves déclarent avoir été victimes de harcèlement ou de violence, mais les experts estiment que ce chiffre sous-évalue la réalité. La peur, la honte ou l’incapacité à dénoncer exposent les enfants à des agressions verbales répétées, des moqueries et, pour 15 % d’entre eux, à des violences liées à l’apparence physique, notamment la surcharge pondérale. Le harcèlement en ligne, qui s’étend au-delà de l’école, accentue ce phénomène. Le professeur insiste sur la nécessité d’une détection précoce et d’une coordination entre école, famille et santé.
L’environnement familial joue également un rôle déterminant
Le Dr Youcef Boukhari, responsable de la prévention à la Direction de la Santé et de la Population, souligne que la violence à l’école est souvent le prolongement de tensions familiales, de divorces ou de méthodes éducatives autoritaires. Certains enfants soumis à une pression excessive peuvent, à leur tour, reproduire ces comportements à l’école. Les contenus violents diffusés sur les réseaux sociaux constituent un facteur aggravant, renforçant l’exposition des élèves à la violence et au stress.
Samira Boudou, psychologue et coordinatrice de la cellule d’écoute du CHU Benzerdjeb, explique que les agressions en ligne exercent une pression constante sur les victimes, avec des répercussions sur la vie quotidienne. Elle recommande l’usage de la méthode «P.A.S » : parler à une personne de confiance, archiver les preuves et signaler les contenus abusifs. L’expression des émotions et la reconnaissance de la situation sont essentielles pour un suivi thérapeutique efficace. Nasreddine Rais, psychologue exerçant à Montpellier, rappelle que le harcèlement scolaire touche non seulement l’enfant mais aussi son entourage familial et éducatif, et qu’il nécessite une réponse collective mobilisant écoles, familles et société civile.
Sur le plan légal, Souad Menad, juriste au CHU d’Oran, rappelle que la législation algérienne, notamment la loi N°15-12 relative à la protection de l’enfant, offre un cadre pour lutter contre les violences verbales, physiques et sexuelles. La signalisation précoce et la sensibilisation familiale restent des éléments essentiels, bien que le harcèlement ne soit pas explicitement sanctionné par le Code pénal. Enfin, Sabrina Ben Sekhri, du service des urgences psychologiques, insiste sur l’importance de détecter les signes d’alerte se traduisant par la baisse des résultats scolaires, isolement, irritabilité ou changement de comportement.
Ces indicateurs justifient une intervention rapide, car le harcèlement peut avoir des conséquences psychologiques dévastatrices. Les participants ont unanimement appelé à une mobilisation collective et durable, fondée sur la prévention, la formation et le suivi des élèves. Ils ont souligné que protéger les enfants aujourd’hui revient à préparer des citoyens équilibrés pour demain, et que la lutte contre la violence scolaire constitue un enjeu majeur pour la santé publique et la cohésion sociale.
Nassim.H