
Industrie automobile algérienne : une ambition industrielle en construction
Une ambition industrielle en construction
L’Algérie ne cache plus son ambition : passer du simple assemblage de véhicules à une véritable industrie automobile intégrée. Le ministre de l’Industrie, Farid Kourtel, a réaffirmé cette orientation lors d’une visite à Oum El Bouaghi, soulignant l’existence de 200 entreprises spécialisées dans la production de pièces détachées, d’accessoires et de lubrifiants. Un chiffre qui témoigne d’un tissu industriel déjà dense, mais dont la mise en cohérence reste le principal défi.
La création annoncée d’une base de données regroupant l’ensemble de ces entreprises sous-traitantes, destinée à être mise à la disposition des usines de montage, constitue une étape clé. Elle vise à faciliter la mise en relation entre donneurs d’ordre et fournisseurs locaux, condition sine qua non d’une montée en puissance de l’intégration locale.
La région Ouest et Oran en particulier ainsi qu’Oum El Bouaghi concentrent aujourd’hui l’essentiel de l’écosystème automobile algérien. Le site de Stellantis à Oran, la présence de Renault, Sonalika, JAC, les programmes avec Pung Po/Daewoo, SOMPO, et le projet à venir de Hyundai, dessinent une carte industrielle dense. Autour de ces donneurs d’ordre, plus de 43 sous-traitants ont été identifiés par la Commission de la sous-traitance automobile (AIDA), pour le Conseil du Renouveau Économique Algérien (CREA), avec des compétences industrielles en progression rapide.
Mais l’analyse des capacités existantes révèle une diversification prometteuse. Le complexe sidérurgique Tosyali à Oran constitue un atout majeur pour l’approvisionnement en acier et le développement de produits à plus forte valeur ajoutée. Des capacités d’emboutissage et de travail des métaux existent à Aïn Témouchent et Oran. Dans le câblage automobile, IDENET développe ses capacités à Aïn Témouchent et Oran. La plasturgie est présente à Tissemsilt avec GPI. Le freinage compte sur IKAM à Tizi Ouzou pour les disques, tambours et plaquettes. Les batteries ont leurs fabricants nationaux, les sièges automobiles font l’objet de projets, et le pneumatique dispose d’une force nationale avec IRIS à Sétif. D’autres projets industriels majeurs sont en développement, notamment dans la région d’Oran.
La vision AIDA : dépasser l’assemblage pour bâtir une chaîne de valeur nationale
La stratégie portée par AIDA, commission de la sous-traitance automobile du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), va bien au-delà de la simple substitution aux importations. L’objectif est de construire progressivement une voiture algérienne avec une intégration industrielle profonde : un moteur produit en Algérie avec des partenaires technologiques, une boîte de vitesses algérienne, de l’emboutissage local, des faisceaux électriques, des pièces plastiques, des sièges, des batteries, du freinage, des pneumatiques, et progressivement toute la chaîne de valeur.
Cette approche repose sur un constat lucide : l’Algérie dispose déjà de briques industrielles importantes, mais celles-ci doivent être identifiées, connectées aux constructeurs, accompagnées dans leurs certifications et fédérées au sein d’une véritable chaîne d’approvisionnement nationale. C’est précisément la mission que s’assigne AIDA.
Le défi lancé par le président de la République est jugé « possible et réalisable » par AIDA, à condition que tous les acteurs travaillent dans la même direction : constructeurs, équipementiers, sous-traitants, institutions, universités, centres de formation professionnelle, startups, NESDA, Bourses de sous-traitance, experts et partenaires technologiques étrangers. La carte industrielle algérienne montre que pratiquement toutes les wilayas peuvent apporter une pièce à la future voiture algérienne. L’Ouest conserve cependant une responsabilité particulière en raison de la concentration de constructeurs, d’infrastructures industrielles, de ports, de sidérurgie et de compétences techniques.
L’analyse des capacités algériennes ne saurait se limiter aux équipements et aux usines. La véritable force réside dans les ingénieurs, techniciens, entrepreneurs et la jeunesse du pays. L’enjeu n’est pas seulement d’économiser des devises en remplaçant des importations, mais d’acquérir une autonomie industrielle et technologique, de créer des emplois qualifiés, de développer un savoir-faire national et, à terme, de faire de l’industrie automobile une source d’exportations et de revenus hors hydrocarbures.
L’Algérie dispose aujourd’hui des entreprises, des compétences, des partenaires et de la volonté nécessaire pour réussir.
Noreddine Oumessaoud