EDITO

Une presse à la hauteur de son histoire

Une presse à la hauteur de son histoire

Les journalistes algériens célébreront aujourd’hui leur journée. La date renvoie à 1955, coïncident avec la parution du premier numéro de « Résistance algérienne », tribune imprimée d’un peuple en lutte. Dès l’origine, la plume algérienne s’est rangée du côté de la liberté, et cette filiation oblige. Plus de soixante-dix ans plus tard et soixante dix martyrs de la corporation durant la décennie noir, le combat a changé de terrain, mais la passion demeure. Les batailles se jouent désormais sur les écrans et dans le flux des réseaux sociaux, où une rumeur fabriquée à des milliers de kilomètres peut faire le tour du pays avant même qu’un démenti ne soit rédigé. Face à ces offensives, une information vérifiée, recoupée et assumée reste le meilleur des remparts.
Les pouvoirs publics semblent en avoir pris la mesure. Le cadre juridique a été remanié et la Constitution de 2020 a consacré la liberté de la presse. Plusieurs instances sont appelées à voir le jour. Elles concernent la régulation de l’audiovisuel, celle de la presse écrite et électronique, un conseil d’éthique, une carte nationale du journaliste professionnel. Ces chantiers n’ont pas encore tous aboutis, mais l’aide aux titres n’a jamais été abandonnée par l’Etat. Ce seul signal mérite d’être salué.
Il reste que le vrai combat n’est pas dans la recherche de la ressource pour faire vivre des entreprises médiatiques, mais la construction d’un discours crédible en direction de l’opinion publique. Cela suppose préalablement une formation solide au métier de journaliste, une disponibilité des sources d’information et des rapports de confiance entre le journaliste et son lecteur. En un mot comme en mille, la crédibilité ne se décrète pas, elle se construit au jour le jour. C’est même le trésor de tout média qui se respecte. La recherche du scoop à l’américaine ne doit pas être la règle. Le recoupement de chaque information passe avant la vitesse de la révéler au public. En ce 21e siècle, la chose devient plus complexe pour maintenir un niveau de crédibilité nécessaire à la bonne pratique du journalisme. Le développement numérique, intelligence artificielle en tête, est un véritable défi pour le journaliste qui doit garder un rôle central dans la gestion de la nouvelle. Aussi, l’accompagnement de la mutation profonde qui s’annonce est plus que primordiale pour la corporation, mais également pour l’Etat et la société. Une mainmise de l’Intelligence artificielle du champ médiatique est un risque d’ingérence.
C’est dire donc que cette journée du 22 octobre est prioritairement une invitation à l’exigence. Honorer la mémoire de ceux qui ont écrit pour la liberté, c’est faire en sorte que la presse d’aujourd’hui soit utile, juste et respectée. C’est à ce prix qu’elle restera un acteur à part entière de l’Algérie qui se construit.
— Par Nabil.G

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page