
Algérie-Niger : quand l’affabulation se substitue à la diplomatie européenne
Quand l’affabulation se substitue à la diplomatie européenne
Or, des sources autorisées nous ont confirmé qu’aucune démarche de cette nature n’avait été entreprise auprès des autorités algériennes.
Aucune demande de clarification, aucune sollicitation officielle, aucun échange diplomatique correspondant aux propos de ce prétendu porte-parole n’a eu lieu.
Une précision fondamentale qui change radicalement la lecture de cette déclaration.
Car si de telles démarches avaient effectivement été engagées, elles auraient fait l’objet d’un rejet catégorique de la part de l’Algérie, au motif évident qu’elles constitueraient une ingérence intolérable dans les affaires intérieures et les choix souverains d’un Etat indépendant.
Dès lors, comment expliquer qu’un soi-disant porte-parole européen puisse évoquer publiquement des démarches qui n’ont jamais été entreprises ? La déclaration d’Anouar El Anouni relève, dans ces conditions, de l’affabulation pure et simple.
Et lorsqu’on prend la peine de s’intéresser au profil de celui qui en est l’auteur, l’on comprend les raisons de l’affabulation et les intentions réelles, difficilement dissimulables, de ses auteurs. Tout s’éclaire dès lors que l’on en connaît les ressorts.
El Anouni est d’origine franco-marocaine. Mais en quelle qualité exacte cet individu s’est-il exprimé ? Au nom de qui parlait-il ? Sur quelle base institutionnelle a-t-il pu attribuer à l’Union Européenne des démarches que celle-ci n’a manifestement jamais entreprises auprès d’Alger ? Pourquoi évoquer des demandes de précisions inexistantes et laisser ainsi entendre que les institutions européennes chercheraient à obtenir des explications de l’Algérie sur sa coopération sécuritaire avec le Niger ? Cette déclaration, lue sur parier et préparée en réponse à une question d’un journaliste français, renforce le sentiment d’une séquence soigneusement orchestrée, loin d’une réaction spontanée.
Cet épisode révèle surtout un acharnement français contre l’Algérie qui semble décidément ne connaître aucune limite.
Incapable d’accepter les évolutions géopolitiques qui consacrent l’affirmation des Etats africains et la recomposition des rapports de force au Sahel, Paris semble désormais chercher à déplacer ses confrontations sur le terrain européen, en tentant d’instrumentaliser les institutions de l’Union Européenne pour donner une dimension communautaire à son hostilité envers Alger.
Le Sahel, cette blessure stratégique que Paris n’arrive pas a refermer
Pour comprendre cette séquence, il faut revenir à la réalité géopolitique du Sahel. La France a subi un recul considérable de son influence dans cette région. Les transformations politiques intervenues dans plusieurs pays sahéliens ont profondément bouleversé les équilibres hérités de l’époque où Paris disposait de leviers d’influence considérables sur une partie du continent africain.
Cette évolution traduit une volonté croissante des pays africains de reprendre en main leurs choix stratégiques et de définir euxmêmes les partenariats correspondant à leurs intérêts.
Or, l’Algérie, en raison de sa position géographique, de son expérience sécuritaire et de ses relations historiques avec les pays de la région, demeure un acteur majeur de cette recomposition.
C’est précisément ce rôle régional qui semble déranger certains milieux français.
Paris voit d’un mauvais oeil le renforcement des relations entre Alger et ses voisins sahéliens, particulièrement lorsque ces relations se développent en dehors des schémas d’influence qu’elle a longtemps privilégiés.
La France n’a aucun titre à revendiquer sur le Sahel. Elle n’en est ni le propriétaire ni l’arbitre. Et les Etats de la région n’ont aucune obligation de soumettre leurs choix sécuritaires aux préférences françaises.
Ce qui paraît insupportable à certains responsables parisiens, c’est manifestement de voir l’Algérie agir en fonction de ses propres intérêts régionaux, sans que Paris puisse imposer son agenda.
Une coopération algéro-nigérienne qui ne regarde que les deux capitales
L’envoi d’unités algériennes au Niger, à la demande des autorités nigériennes et dans le cadre d’un accord bilatéral, relève des relations souveraines entre deux Etats.
L’Algérie et le Niger partagent des frontières, des intérêts sécuritaires et des préoccupations stratégiques immédiates.
Ils sont directement exposés aux menaces qui traversent le Sahel.
Ils n’ont attendu ni les recommandations de Bruxelles ni les appréciations de Paris pour mesurer les dangers qui pèsent sur leur environnement commun.
Il est donc pour le moins singulier de voir une communication, attribuée fallacieusement à une institution européenne, laisser entendre que cette coopération appellerait des demandes de précisions de sa part, alors même qu’aucune démarche officielle n’a été entreprise auprès d’Alger.
Il est plus singulier encore de voir une telle communication donner le sentiment que les décisions souveraines de deux pays africains devraient être soumises à l’appréciation d’acteurs extérieurs.
La coopération algéro-nigerienne n’a pas vocation à satisfaire les calculs géopolitiques européens ou français. Elle répond aux intérêts de l’Algérie et du Niger. Cela devrait suffire à en comprendre la logique.
Une affabulation dans un contexte de tensions politiques et commerciales
La portée de cette affaire tient également au moment choisi.
Les relations algéro-européennes sont déjà fragilisées, sur instigation de la France, par plusieurs différends, notamment les restrictions commerciales visant des produits algériens et les difficultés entourant le fonctionnement du Conseil d’Association.
Dans ce contexte, la déclaration du prétendu porte-parole européen vient ajouter une nouvelle source de crispation à des relations qui nécessiteraient, au contraire, davantage de responsabilité.
L’Union Européenne doit faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles cette communication a été préparée et sur les éléments ayant permis d’évoquer des démarches qui n’ont jamais existé. Elle doit également veiller à ce que ses institutions ne deviennent pas, une nouvelle fois, les instruments de contentieux bilatéraux.
L’Algérie poursuivra, pour sa part, ses relations avec ses partenaires sur la base de ses intérêts nationaux, de ses engagements et de ses principes. Elle n’a aucune justification à fournir à ceux qui cherchent à politiser ses initiatives régionales.
Car, au-delà de cette déclaration et de son caractère pour le moins contestable, une réalité demeure : l’indépendance algérienne n’est pas un sujet de discussion, la souveraineté nationale n’est pas une concession diplomatique et la coopération avec les pays voisins n’est pas une faveur accordée par une quelconque puissance extérieure.



