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NAPEC 2026 : l’Algérie change d’échelle dans sa stratégie énergétique

La 14e édition du NAPEC, organisée du 5 au 7 octobre, dépasse le cadre d’un rendez-vous consacré aux hydrocarbures. Sécurité énergétique, décarbonation, hydrogène, renouvelables et technologies occupent une place croissante. Cette évolution traduit la volonté d’accroître le rendement du pétrole et du gaz tout en préparant les activités appelées à compléter le socle énergétique national. L’enjeu économique est double : tirer davantage de valeur des ressources disponibles et attirer des capitaux vers les segments à forte valeur ajoutée. Le NAPEC devient ainsi une interface entre producteurs, investisseurs et industriels.

La modernisation de la gouvernance constitue l’un des premiers axes de cette transformation. L’Autorité de régulation des hydrocarbures prévoit la mise en service, en novembre prochain, d’un nouveau centre de données destiné à renforcer la collecte, le traitement et l’analyse des informations couvrant toute la filière, de l’amont pétrolier et gazier à la distribution. Selon son président, Amine Remini, l’objectif est d’améliorer la surveillance des opérateurs et de fournir aux autorités des outils d’analyse plus précis. Cette infrastructure accompagnera la plateforme «Mahroukat», développée avec des compétences nationales. Sa première unité, lancée en février 2026, traite les autorisations liées à la distribution des produits pétroliers, aux stations-service, aux huiles et lubrifiants. Le dispositif doit ensuite couvrir l’amont, le transport par canalisation, le raffinage, la pétrochimie, le stockage et la distribution, avec un déploiement complet prévu au premier semestre 2027.

La donnée devient ainsi un outil de pilotage industriel, capable d’améliorer le contrôle, la connaissance du marché et l’orientation des investissements. Cette recherche d’efficacité touche aussi les gisements existants. À Oran, l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures a conclu deux accords d’étude avec une entreprise vietnamienne spécialisée dans l’exploration et la production. Les travaux portent sur les champs de Bir Aïssa et Haoud, dans la région de Berkine. D’une durée de douze mois, ils doivent identifier des solutions permettant d’améliorer la récupération des hydrocarbures, notamment à partir de l’analyse du comportement des réservoirs. Le choix est économique : il s’agit d’augmenter la valeur tirée des réserves déjà connues. Une meilleure récupération peut prolonger la production et optimiser les infrastructures.

L’Europe ne regarde plus seulement le gaz

Le NAPEC traduit également un élargissement des partenariats énergétiques. L’Union européenne reste un interlocuteur majeur, mais la relation tend désormais à dépasser les seules exportations gazières. L’ambassadeur de l’UE à Alger, Diego-Medardo Pascua, a souligné la fiabilité de l’Algérie comme fournisseur gazier et son potentiel dans les renouvelables et l’hydrogène vert. Les infrastructures reliant les deux rives de la Méditerranée constituent une base pour de nouvelles coopérations. Dans un marché gazier en mutation, Alger cherche à valoriser sa position et ses réseaux pour diversifier son portefeuille énergétique. L’hydrogène vert apparaît comme un nouveau terrain de coopération. Le projet de corridor destiné à acheminer vers l’Europe de l’hydrogène produit en Algérie via la Tunisie illustre cette volonté de donner de nouveaux usages aux connexions énergétiques existantes. Sa concrétisation dépendra toutefois des investissements, des infrastructures, des coûts de production et de la demande européenne. Le Royaume-Uni affiche également son intérêt. Son ambassadeur en Algérie, James Downer, a relevé l’attention croissante des entreprises britanniques pour les infrastructures, l’exploration gazière, les énergies propres et la transition énergétique. La logique recherchée repose sur des partenariats durables et le transfert de technologies. Pour l’Algérie, l’enjeu est de transformer cet intérêt en investissements, expertise, formation et intégration de compétences locales.

La bataille des équipements

Dans les halls du NAPEC, cette bataille industrielle se lit dans la présence des équipementiers. Les entreprises chinoises cherchent à renforcer leurs relations avec les opérateurs algériens. TGI Valve met en avant les possibilités de coopération dans l’équipement et la maintenance, tandis que Dibamo présente des solutions de pompage et de traitement des hydrocarbures. Le pavillon italien participe pour la première fois sous une forme collective, avec treize entreprises actives dans la transition énergétique et les services industriels. Cette présence confirme le changement de fonction du salon. Le NAPEC devient une plateforme de mise en relation entre producteurs, équipementiers, ingénieristes, sociétés de services et investisseurs. Les discussions concernent les hydrocarbures, mais aussi les renouvelables, l’hydrogène, la maintenance et les solutions technologiques. Pour l’économie algérienne, l’enjeu est de capter une partie de cette valeur. Les projets génèrent des besoins en études, fabrication, maintenance, logistique, services numériques et formation. L’attractivité se mesure donc aussi à leur capacité à faire émerger un tissu industriel durable.

L’Afrique, marché des compétences

L’autre axe de cette ouverture est africain. Farid Ghazali, président de l’Organisation des pays africains producteurs de pétrole, considère l’expérience algérienne dans les hydrocarbures comme un levier de coopération, notamment dans la formation et le transfert de compétences. L’Algérie dispose d’un savoir-faire dans plusieurs métiers de la chaîne énergétique. Un groupe de travail prépare un guide africain de formation dans les hydrocarbures, sous la direction d’un expert algérien, ainsi qu’une plateforme numérique reliant les instituts spécialisés. L’ambition est de valoriser une compétence nationale et de positionner les institutions algériennes sur des prestations d’expertise à l’échelle du continent.

Sécuriser l’offre, préparer la prochaine décennie

La diversification ne peut progresser sans consolider le système national. Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a réuni les responsables du secteur pour suivre la production, le transport et les projets en cours. Les échanges ont porté sur le plan de production 2027-2035, les investissements de transport prévus pour 2027, les capacités de stockage et les impératifs de sécurité énergétique. Cette programmation rappelle que la transition énergétique exige des réseaux adaptés, du stockage et une planification cohérente.

La sécurité de l’approvisionnement reste la condition de toute diversification. Le défi est aussi d’articuler plusieurs temporalités. Les hydrocarbures fournissent encore l’essentiel des ressources et des capacités industrielles, tandis que les renouvelables et l’hydrogène nécessitent des investissements et des marchés qui se construisent progressivement.

L’amélioration de la récupération dans les champs existants, la numérisation de la régulation, l’ouverture à de nouveaux partenaires, le développement des équipements et services, la préparation de l’hydrogène et la coopération africaine participent ainsi d’une même recherche : accroître la valeur créée par chaque ressource, infrastructure et compétence. Le véritable enjeu du NAPEC 2026 se situe donc au-delà du salon. Les accords et manifestations d’intérêt ne prendront une portée durable que s’ils se traduisent en investissements, contrats industriels, transferts de technologie et emplois qualifiés. L’Algérie entend continuer à valoriser ses hydrocarbures tout en préparant les relais capables de prolonger sa place sur les marchés de l’énergie. La prochaine étape sera de convertir l’intérêt étranger en projets concrets, avec davantage de valeur ajoutée nationale.

Mohamed Aissaoui

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