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Plafonnement du prix du mouton importé à 50 000 DA : une mesure qui vise à protéger le pouvoir d’achat

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de la réunion du Conseil des ministres qu’il a présidée dimanche dernier, a décidé de plafonner le prix du mouton importé à 50 000 dinars, dans le but de faciliter l’accès des citoyens à l’accomplissement du sacrifice rituel.

Intervenant, hier, à l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Mustapha Benaoui, ancien cadre au ministère de l’Agriculture et expert du secteur, a analysé les enjeux de cette décision. Selon lui, cette mesure revêt à la fois « une dimension sociale importante » et « un rôle stratégique dans la reconstitution du cheptel ovin national ».
L’invité de la Radio nationale a souligné que la décision de plafonner le prix du mouton importé à 50 000 dinars vise, avant tout, à protéger le pouvoir d’achat des citoyens, notamment les ménages des classes moyennes, affirmant que cette mesure intervient dans un contexte marqué par une forte flambée des prix sur les marchés à bestiaux. « Actuellement, les prix oscillent entre 150 000 et 200 000 dinars, ce qui n’est pas à la portée de tous », a-t-il expliqué. Dans ces conditions, la fixation d’un prix maximum constitue, selon lui, « une réponse sociale à une situation difficile pour de nombreux ménages à l’approche de l’Aïd al-Adha ». L’expert souligne également que cette politique traduit la volonté des autorités de garantir l’accès au sacrifice rituel au plus grand nombre, tout en limitant les dérives spéculatives observées sur certains marchés.
Au-delà de son aspect social, l’importation de moutons apparaît également comme une nécessité économique dans la conjoncture actuelle. Pour Mustapha Benaoui, cette opération s’inscrit dans une logique de repeuplement et de reconstruction du cheptel ovin national. Selon lui, le cheptel ovin en Algérie a connu une baisse notable au fil des décennies, notamment sous l’effet des changements climatiques et de la dégradation des ressources naturelles. Il rappelle qu’au cours des années 1980, l’Algérie comptait entre 25 et 30 millions de têtes ovines. Cependant, les longues périodes de sécheresse et la dégradation du couvert végétal dans les régions steppiques ont fortement affecté l’activité d’élevage. « La steppe, qui constitue le principal territoire de l’élevage ovin, a subi un processus de désertification qui a réduit les capacités de production », a-t-il précisé. La pression sur le marché du mouton s’explique également par une forte demande saisonnière.
Entre le mois de Ramadan, l’Aïd al-Adha, le retour des pèlerins et les différentes célébrations estivales, la consommation de viande ovine connaît une hausse significative.
Dans ce contexte, Mustapha Benaoui estime que les besoins du marché national pourraient atteindre près de six millions de têtes d’ici la fin de l’été. Or, sur un cheptel national estimé à environ 18 millions de têtes, près des deux tiers sont constitués de brebis, ce qui limite le nombre d’animaux disponibles pour l’abattage. « Si l’on tient compte de cet échéancier, nous risquons de sacrifier une grande partie de l’effectif mâle disponible », a-t-il averti. Dès lors, l’importation de moutons apparaît comme une solution transitoire permettant à la fois de répondre à la demande et de préserver le cheptel national. Par ailleurs, l’expert insiste sur la nécessité d’améliorer la planification de l’opération et d’intensifier les contrôles afin de prévenir les phénomènes de fraude, de contrebande et de spéculation. Il propose notamment d’impliquer davantage les éleveurs dans le dispositif de distribution. Selon lui, ces professionnels disposent d’une expérience précieuse dans la gestion du cheptel et maîtrisent les aspects liés au transport, à l’alimentation et à la conduite des troupeaux.
« Les éleveurs possèdent un capital d’expérience important. Ils connaissent parfaitement les réalités du marché et les contraintes de l’élevage », a-t-il souligné. D’après lui, les professionnels issus des régions steppiques pourraient jouer un rôle central dans la réception, la gestion et la commercialisation des moutons importés.
« L’administration ne peut pas prendre en charge seule la commercialisation. Le marché à bestiaux obéit à ses propres règles », a-t-il estimé.
M. Benaoui attire l’attention sur un autre défi majeur lié à l’opération d’importation : l’alimentation du cheptel importé. L’arrivée d’un volume important de moutons sur le territoire national nécessitera en effet des quantités considérables de fourrage.
« Pour un million de têtes, il faut environ 500 à 600 grammes d’orge par jour et par animal », a-t-il expliqué. Cela représenterait près de 100 000 tonnes d’orge nécessaires pour assurer l’alimentation du bétail. Face à cet enjeu logistique et agricole, l’expert a appelé enfin à anticiper les besoins afin de garantir le bon déroulement de l’opération et d’assurer la stabilité du secteur de l’élevage ovin. Selon lui, la réussite de cette politique dépendra à la fois de la bonne organisation de l’importation, de la mobilisation des professionnels et d’une gestion rigoureuse des ressources alimentaires destinées au cheptel.

Mohand S

 

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