Oran Aujourd'hui

Quelle politique d’aménagement urbain face à la dégradation de l’espace public ?

Depuis ces quelques dernières années, la ville connaît de multiples opérations et projets d’amélioration du cadre urbain : réhabilitation de façades, aménagement de places publiques, modernisation de certaines artères, ou encore de nettoyage, de plantations, d’installation de mobilier urbain et de création d’espace verts Autant d’ initiatives qui traduisent une volonté institutionnelle de redonner à la ville une image plus attractive et plus conforme aux standards contemporains de l’urbanité Des opérations et projets d’aménagement urbain font régulièrement l’objet de réunions de travail présidées par le wali consacrées à l’examen et au suivi des différents programmes en cours de réalisation ou en voie de lancement.
Lors d’une toute récente réunion organisée en présence des présidents des Assemblées populaires communales d’Oran et d’Es-Sénia, ainsi que d’autres acteurs concernés, un nouveau projet de réfection et de revêtement de plusieurs axes routiers a été présenté par le bureau d’études en charge du dossier.Le wali a insisté sur la nécessité d’entamer les travaux dans les plus brefs délais, tout en veillant au strict respect des normes techniques en vigueur et de la qualité des travaux de réalisation et de finition.
Lors de cette même réunion, une autre opération évoquée et envisagée depuis longtemp portant sur l’aménagement d’espaces verts le long du troisième boulevard périphérique a été également examinée.Et selon les orientations retenues, c’est la commune d’Es-Sénia qui a été chargée de l’élaboration des études techniques, tandis que la réalisation des travaux a été confiée à l’établissement public de gestion du parc d’attractions d’Oran. Pourquoi pas, pourrait-on dire, pourvu que le projet soit concrétisé dans les normes de qualité requises.
Pourtant, derrière les efforts indéniables visibles, un malaise persistant traverse le paysage urbain : celui d’une dégradation quotidienne de l’espace public, marquée par des pratiques informelles d’extensions de commerces, d’occupation d’espaces collectifs et de ce que bon nombre d’observateurs qualifient de «clochardisation rampante» du cadre de vie.
Il est vrai qu’une lutte implacable est menée par les pouvoirs publics locaux pour restaurer l’ordre urbain et éliminer cette contradiction apparente entre l’embellissement officiel et le désordre ordinaire installé. On sait que les programmes d’embellissement engagés ces dernières années voulaient surtout privilégier la dimension esthétique, à travers le ravalement de façades, le pavage de trottoirs et des allées , l’éclairage public modernisé, et la création d’espaces de promenade. Autant d’actions qui participent à la mise en scène d’une ville moderne rénovée, notamment dans les façades urbaines et les axes les plus visibles. Cette démarche qualifiée par des sociologues «d’urbanisme de vitrine» risque de concentrer les efforts et les investissements sur des espaces stratégiques, laissant de nombreux autres quartiers et sites divers dans une situation d’oubli et de marginalisation urbaine. Par ailleurs, cette approche de la modernisation du cadre urbain ne s’attaque pas forcément aux dynamiques économiques, culturelles et sociales qui structurent fondamentalement l’usage de l’espace public.
L’embellissement physique d’un espace urbain ne permet pas encore à lui tout seul à produire une amélioration permanente et durable du cadre de vie collectif si les pratiques d’occupation de l’espace restent marquées par l’informel, l’illicite, l’incivisme et l’absence de régulation effective.

Par S.Benali

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