La révolution verte
Une révolution silencieuse se mène en Algérie depuis plusieurs années. Les citoyens s’en sont rendus compte le 25 octobre dernier, lorsque le ministère de l’Agriculture a fait le pari de la société civile pour planter plus d’un million d’arbres en une seule journée. C’était un succès éclatant qui rappelle le sentiment d’unité et de grande volonté des Algériens lorsque le pays leur fait confiance. Les 47 millions de citoyens ont apprécié l’initiative à sa juste valeur et des millions parmi eux ont physiquement participé à l’élan historique. Mais ce qui est admirable dans le feuilleton de l’Algérie verte, c’est que loin de rentrer chez eux, les militants du reboisement ont repris leur matériel et s’en sont allés aux quatre coins du pays pour poursuivre leur révolution, loin de la publicité et des caméras de télévision.
L’audace de ces « guerriers verts» les a conduit au fin fond du grand sud algérien. Au cœur du désert, ils plantent et plantent encore des arbres. Ils veulent verdir tout le Sahara. Le pourront-ils ? ils ne se posent pas cette question. L’ambition qui les fait avancer leur suffit à planter et planter encore. Verdir le désert est un objectif qu’il soit atteint à échéance humaine peut relever de l’utopie. Mais ne qualifie-t-on pas les révolutions d’utopies et les révolutionnaires de rêveurs ? La réponse à cette question est dans l’enthousiasme sans cesse renouvelée de ces milliers de militants qui plantent l’espoir d’une vie meilleure dans le pays du million et demi de martyrs.
Ce mouvement ne cherche pas la gloire, mais la continuité. C’est une révision de la relation entre l’État et les citoyens: un État qui délègue, mais qui, surtout, écoute des citoyens qui s’emparent de leur avenir sans attendre les sollicitations de l’extérieur. Dans ce sens, la révolution verte algérienne ressemble à un recommencement. Ce n’est pas du tout une rupture radicale, mais une métamorphose lente et tenace, où chaque année compte autant que chaque hectare reboisé. Pour que cette énergie tienne dans le temps, il faut transformer l’élan spontané en programme durable, intégrant la gestion de l’eau, le contrôle des maladies, et la diversification des espèces plantées pour éviter les monocultures qui fragilisent les écosystèmes. Et bien sachez donc que l’on pense à tout cela dès à présent.
C’est dire que l’optimisme qui nourrit cette belle révolution ne naît pas du néant, mais repose sur des faits, ainsi que sur cette grande complicité entre l’Etat et la société civile. La République qu’on voudrait sociale, forte et solidaire sera, à n’en pas douter, aussi verte. L’état d’esprit algérien refuse, c’est bien connu, l’impuissance et préfère l’action. Elle est concertée, et c’est tant mieux pour l’Algérie entière. Un peuple qui choisit de croire en ses capacités et en l’avenir qu’il se donne ne sera jamais vaincu.
Par Nabil.G