Algérie-France : le temps de la reconnaissance
Le discours pragmatique du ministre français de l’Intérieur à l’endroit de l’Algérie et du partenariat algéro-français pourrait déboucher, si l’on excepte la «rage» de l’extrême droite, sur un avenir fait de partenariat gagnant-gagnant au plan économique et de sérénité au plan politique. Seulement, cette perspective ne doit pas nous faire oublier le passé noir de la colonisation. Non pas qu’on aime tourner le couteau dans la plaie, mais il est clair qu’une grande nation se construit en assumant tout son passé. Cela étant dit, l’enjeu n’est pas une diabolisation du passé, mais une lucidité qui permette de construire, ensemble, un présent équilibré. Le discours pragmatique du ministre de l’Intérieur, s’il refuse l’aveuglement, ne peut rester mutique face aux ombres du passé. Il faut écrire une histoire commune qui n’ignore ni les souffrances ni les responsabilités, et qui fasse du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et du respect des mémoires collectives les conditions mêmes d’une coopération économique efficiente et durable.
Il s’agit, en clair, d’un pacte modernisateur. Une coopération entre deux États ne peut être fondée sur l’illusion d’un oubli organisé. Le droit des victimes, la restitution des voix et des archives, la transparence sur l’héritage idéologique du colonialisme. L’ouverture ne peut être sincère que si elle reconnaît que l’intégrité des institutions algériennes et la souveraineté du peuple algérien ne sont pas négociables, et que la France porte une responsabilité entière dans beaucoup de blessures historiques. Notamment celle d’avoir commis en Algérie d’innombrables crimes contre l’humanité.
Cela nous renvoie à la loi actuellement débattue à l’Assemblée populaire nationale. Cette loi n’est pas destinée à culpabiliser le peuple français, mais à inscrire dans le marbre de l’Histoire humaine, la plaie que fut la colonisation française en Algérie. Au delà, le peuple algérien qui n’oublie pas les souffrances de ses ancêtres ne garde aucune rancune à l’endroit des Français qui ont voté majoritairement en faveur de l’autodétermination du peuple algérien. C’est la petite minorité de Français nostalgiques de la colonisation qui poussent à la rupture, pour ne pas avoir à assumer le legs crasseux de Le Pen père, Papon, Massue et les autres bandits de l’Histoire.
Tant que l’exigence de la reconnaissance des crimes de la colonisation restera au cœur des échanges, la France et l’Algérie pourront, malgré les turbulences de la scène internationale, démontrer qu’un partenariat politique peut coexister avec une coopération économique dynamique et une démarche de réconciliation crédible. D’autant qu’aucun des deux pays, qui ont la Méditerranée en partage et un brassage humain et social exceptionnel, sont bien obligés d’en tenir compte. Une Algérie sereine, stable et prospère est un partenaire plus fiable, et une France qui assume son passé sans se dérober devient un interlocuteur crédible sur les questions de paix et de sécurité régionale.
Par Nabil.G