Oran Aujourd'hui
Hygiène et propreté : quand la responsabilité remplace enfin le laxisme et la négligence
Hygiène et propreté : quand la responsabilité remplace enfin le laxisme et la négligence
Il est des décisions administratives qui dépassent le simple cadre de la gestion quotidienne pour prendre une dimension presque symbolique. Le récent limogeage de plusieurs responsables locaux à Oran, à la suite des insuffisances constatées dans la gestion du cadre urbain, appartient incontestablement à cette catégorie. Il ne s’agit pas d’un simple petit mouvement dans un organigramme administratif. C’est un message. Un signal adressé à une opinion publique qui, depuis des années, ne cesse de dénoncer les mêmes maux : saleté persistante, espaces publics abandonnés, décharges sauvages, trottoirs défigurés, marchés anarchiques, avaloirs obstrués et sentiment d’impunité généralisée. Pendant longtemps, les avertissements, rappels à l’ordre et injonctions semblaient se perdre dans les méandres d’une bureaucratie où les responsabilités se diluaient jusqu’à disparaître. Les citoyens avaient fini par croire qu’aucune négligence n’était véritablement sanctionnée, que les dysfonctionnements relevaient d’une fatalité locale, presque d’un élément du paysage urbain. La médiocrité s’était installée avec une inquiétante capacité d’adaptation. Chacun dénonçait les insuffisances…
sans que personne n’en assume réellement les conséquences. En décidant de relever de leurs fonctions plusieurs gestionnaires jugés défaillants, le wali d’Oran semble avoir voulu rompre avec cette culture de l’indulgence administrative. Une démarche saluée par une grande partie de l’opinion publique, tant elle tranche avec certaines pratiques héritées d’un passé où le copinage, les arrangements de circonstance et une certaine indulgence envers l’inefficacité semblaient parfois l’emporter sur l’exigence de résultats. Cette décision n’effacera évidemment pas, à elle seule, des années de dégradation du cadre urbain. Mais elle rappelle une évidence trop souvent oubliée: la fonction publique n’est pas seulement un privilège ; elle est d’abord une responsabilité. Car le constat demeure encore plutôt sévère. Il suffit de parcourir plusieurs quartiers de la ville pour mesurer l’ampleur des insuffisances qui continuent de peser sur le quotidien des Oranais. Des amas de déchets subsistent durant plusieurs jours malgré les circuits de collecte. Des bouts de terrains vagues se transforment en décharges improvisées. Des espaces verts fraîchement aménagés deviennent rapidement des herbages sauvages brulés et desséchés puis des dépotoirs. Des chaussées restent encombrées de gravats après des travaux jamais totalement achevés. Des trottoirs sont occupés par des commerces informels, obligeant les piétons à marcher sur la chaussée. Et chaque épisode venteux disperse sacs plastiques et détritus dans certains quartiers où l’entretien semble avoir définitivement cédé la place au renoncement. Le paradoxe est d’autant plus frappant que les moyens matériels n’ont cessé de progresser ces dernières années.
Les communes ont bénéficié de nouveaux équipements, de crédits supplémentaires et d’importants programmes d’aménagement. Les campagnes de nettoyage se multiplient, les opérations de réhabilitation également. Les entreprises publiques sont régulièrement mobilisées. Les instructions des autorités sont connues. Pourtant, sur le terrain, le résultat demeure souvent en deçà des attentes. La question n’est donc plus seulement celle des moyens. Elle devient celle de la rigueur de gestion.
L’hygiène urbaine illustre parfaitement cette réalité. Maintenir une ville propre ne consiste pas uniquement à ramasser les déchets. C’est une chaîne complète où interviennent la collecte, la sensibilisation, le contrôle, la police de l’urbanisme, les services techniques, les entreprises de nettoiement, les élus locaux et, bien entendu, les citoyens eux-mêmes. Lorsque l’un de ces maillons cède, c’est l’ensemble du dispositif qui perd son efficacité. Or, depuis plusieurs années, les observateurs, les associations de quartier et les habitants n’ont cessé d’alerter sur cette lente dégradation. Les photographies publiées sur les réseaux sociaux ne font souvent que confirmer ce que chacun constate quotidiennement. Elles montrent moins des situations exceptionnelles qu’une accumulation de négligences ordinaires devenues banales. Et le plus inquiétant est peut-être cette capacité collective à s’habituer à ce qui ne devrait jamais devenir normal et banal.
On finit par considérer comme inévitable une bouche d’égout ouverte remplacée par un vieux pneu, un jardin public transformé en parking improvisé, un chantier abandonné durant des mois ou encore une montagne de déchets qui attend plusieurs jours avant d’être évacuée. Comme si la ville devait progressivement se résigner à vivre en dessous de ce qu’elle mérite. Et pourtant, Oran vaut bien mieux que cette image. Elle l’a démontré à plusieurs reprises lors de grands rendez-vous nationaux et internationaux. À chaque fois que l’enjeu devenait important, la ville retrouvait rapidement son visage le plus accueillant. Les espaces publics étaient nettoyés, les chaussées remises en état, les façades rafraîchies, les jardins entretenus. Cette capacité de mobilisation prouve que le savoir-faire existe. Elle pose surtout une question dérangeante : pourquoi ce qui est possible pendant quelques semaines deviendrait-il impossible le reste de l’année? C’est précisément là que la responsabilité individuelle retrouve tout son sens. Sanctionner des responsables défaillants ne constitue pas une fin en soi. Ce n’est utile que si cette exigence s’inscrit dans une culture durable de l’évaluation, où chaque responsable sait qu’il sera jugé non sur les intentions affichées mais sur les résultats obtenus. Les citoyens attendent désormais davantage qu’un simple changement de personnes. Ils espèrent un changement de méthode.
Une administration plus présente sur le terrain, plus réactive, plus exigeante envers elle-même. Une gestion fondée sur des indicateurs précis, des objectifs mesurables et un véritable suivi des engagements. Cette évolution suppose également de redonner toute sa place au civisme. Car aucune ville ne peut rester propre si une partie de ses habitants continue à jeter ses déchets dans les terrains vagues, à vandaliser le mobilier urbain ou à transformer les espaces publics en dépotoirs. Les pouvoirs publics ont leur part de responsabilité ; les citoyens aussi. Le récent coup de balai administratif engagé à Oran constitue peut-être le début d’un changement plus profond. Les sanctions étaient attendues. Elles étaient devenues nécessaires. Elles rappellent que l’autorité ne se limite pas aux discours et que la responsabilité ne peut rester un principe abstrait. Mais le véritable défi commence maintenant. Car une ville ne se transforme pas uniquement en changeant quelques responsables. Elle se transforme lorsque l’exigence devient permanente, lorsque la compétence remplace définitivement le clientélisme, lorsque le suivi l’emporte sur les effets d’annonce et lorsque la qualité du service public cesse d’être une exception pour devenir une habitude.
sans que personne n’en assume réellement les conséquences. En décidant de relever de leurs fonctions plusieurs gestionnaires jugés défaillants, le wali d’Oran semble avoir voulu rompre avec cette culture de l’indulgence administrative. Une démarche saluée par une grande partie de l’opinion publique, tant elle tranche avec certaines pratiques héritées d’un passé où le copinage, les arrangements de circonstance et une certaine indulgence envers l’inefficacité semblaient parfois l’emporter sur l’exigence de résultats. Cette décision n’effacera évidemment pas, à elle seule, des années de dégradation du cadre urbain. Mais elle rappelle une évidence trop souvent oubliée: la fonction publique n’est pas seulement un privilège ; elle est d’abord une responsabilité. Car le constat demeure encore plutôt sévère. Il suffit de parcourir plusieurs quartiers de la ville pour mesurer l’ampleur des insuffisances qui continuent de peser sur le quotidien des Oranais. Des amas de déchets subsistent durant plusieurs jours malgré les circuits de collecte. Des bouts de terrains vagues se transforment en décharges improvisées. Des espaces verts fraîchement aménagés deviennent rapidement des herbages sauvages brulés et desséchés puis des dépotoirs. Des chaussées restent encombrées de gravats après des travaux jamais totalement achevés. Des trottoirs sont occupés par des commerces informels, obligeant les piétons à marcher sur la chaussée. Et chaque épisode venteux disperse sacs plastiques et détritus dans certains quartiers où l’entretien semble avoir définitivement cédé la place au renoncement. Le paradoxe est d’autant plus frappant que les moyens matériels n’ont cessé de progresser ces dernières années.
Les communes ont bénéficié de nouveaux équipements, de crédits supplémentaires et d’importants programmes d’aménagement. Les campagnes de nettoyage se multiplient, les opérations de réhabilitation également. Les entreprises publiques sont régulièrement mobilisées. Les instructions des autorités sont connues. Pourtant, sur le terrain, le résultat demeure souvent en deçà des attentes. La question n’est donc plus seulement celle des moyens. Elle devient celle de la rigueur de gestion.
L’hygiène urbaine illustre parfaitement cette réalité. Maintenir une ville propre ne consiste pas uniquement à ramasser les déchets. C’est une chaîne complète où interviennent la collecte, la sensibilisation, le contrôle, la police de l’urbanisme, les services techniques, les entreprises de nettoiement, les élus locaux et, bien entendu, les citoyens eux-mêmes. Lorsque l’un de ces maillons cède, c’est l’ensemble du dispositif qui perd son efficacité. Or, depuis plusieurs années, les observateurs, les associations de quartier et les habitants n’ont cessé d’alerter sur cette lente dégradation. Les photographies publiées sur les réseaux sociaux ne font souvent que confirmer ce que chacun constate quotidiennement. Elles montrent moins des situations exceptionnelles qu’une accumulation de négligences ordinaires devenues banales. Et le plus inquiétant est peut-être cette capacité collective à s’habituer à ce qui ne devrait jamais devenir normal et banal.
On finit par considérer comme inévitable une bouche d’égout ouverte remplacée par un vieux pneu, un jardin public transformé en parking improvisé, un chantier abandonné durant des mois ou encore une montagne de déchets qui attend plusieurs jours avant d’être évacuée. Comme si la ville devait progressivement se résigner à vivre en dessous de ce qu’elle mérite. Et pourtant, Oran vaut bien mieux que cette image. Elle l’a démontré à plusieurs reprises lors de grands rendez-vous nationaux et internationaux. À chaque fois que l’enjeu devenait important, la ville retrouvait rapidement son visage le plus accueillant. Les espaces publics étaient nettoyés, les chaussées remises en état, les façades rafraîchies, les jardins entretenus. Cette capacité de mobilisation prouve que le savoir-faire existe. Elle pose surtout une question dérangeante : pourquoi ce qui est possible pendant quelques semaines deviendrait-il impossible le reste de l’année? C’est précisément là que la responsabilité individuelle retrouve tout son sens. Sanctionner des responsables défaillants ne constitue pas une fin en soi. Ce n’est utile que si cette exigence s’inscrit dans une culture durable de l’évaluation, où chaque responsable sait qu’il sera jugé non sur les intentions affichées mais sur les résultats obtenus. Les citoyens attendent désormais davantage qu’un simple changement de personnes. Ils espèrent un changement de méthode.
Une administration plus présente sur le terrain, plus réactive, plus exigeante envers elle-même. Une gestion fondée sur des indicateurs précis, des objectifs mesurables et un véritable suivi des engagements. Cette évolution suppose également de redonner toute sa place au civisme. Car aucune ville ne peut rester propre si une partie de ses habitants continue à jeter ses déchets dans les terrains vagues, à vandaliser le mobilier urbain ou à transformer les espaces publics en dépotoirs. Les pouvoirs publics ont leur part de responsabilité ; les citoyens aussi. Le récent coup de balai administratif engagé à Oran constitue peut-être le début d’un changement plus profond. Les sanctions étaient attendues. Elles étaient devenues nécessaires. Elles rappellent que l’autorité ne se limite pas aux discours et que la responsabilité ne peut rester un principe abstrait. Mais le véritable défi commence maintenant. Car une ville ne se transforme pas uniquement en changeant quelques responsables. Elle se transforme lorsque l’exigence devient permanente, lorsque la compétence remplace définitivement le clientélisme, lorsque le suivi l’emporte sur les effets d’annonce et lorsque la qualité du service public cesse d’être une exception pour devenir une habitude.
— Par S.Benali