
Face aux risques des incendies : les forêts placées sous haute surveillance
Le conservateur des forêts d’Oran, Abdelghani Kerboua, a effectué une tournée de contrôle auprès des équipes chargées de la première intervention dans plusieurs zones boisées. Cette sortie a permis d’évaluer les moyens humains et matériels disponibles et de vérifier le niveau de préparation des équipes, dans une période considérée comme particulièrement sensible pour le couvert végétal, entre la fin de la saison estivale et le début de l’automne. Les tours de guet jouent un rôle central dans cette stratégie. Implantées sur les sommets dominant les espaces forestiers, elles assurent une veille permanente, 24 heures sur 24. Dès qu’un dégagement de fumée ou un départ de feu est repéré, l’alerte est transmise aux équipes d’intervention, tandis qu’une coordination peut être engagée avec la Protection civile afin de renforcer les moyens de lutte lorsque la situation l’exige.

Parallèlement à la surveillance, les opérations de nettoyage se poursuivent dans plusieurs massifs. À Hassi Ben Okba, une équipe de permanence est notamment intervenue dans la forêt d’Eucalyptus pour retirer des pneus abandonnés, considérés comme un facteur de risque pour l’environnement et la sécurité du couvert forestier. D’autres travaux ont été engagés dans la forêt d’El-Malek, à Hassi Bounif, afin d’éliminer les résidus issus de la coupe de bois mort. Les opérations d’enlèvement des pneumatiques ont également concerné la forêt de Mers El-Kébir et surtout les secteurs montagneux de Murdjadjou, où les déchets abandonnés dans les espaces boisés peuvent favoriser la propagation d’un éventuel incendie.
Les pneus récupérés ont été transférés vers les installations de la circonscription forestière d’Oran. La campagne de prévention s’appuie également sur la sensibilisation du public. Des agents des forêts sillonnent notamment les massifs de Murdjadjou et de Tafraoui pour rappeler aux visiteurs les comportements à adopter et l’importance de signaler rapidement toute fumée suspecte ou tout début d’incendie. Des supports d’information sont distribués à cette occasion. Dans cette démarche, les services forestiers ont également associé la Fédération des chasseurs d’Oran à des opérations citoyennes menées à Misserghine et Murdjadjou. Des membres d’associations de chasse ont participé à la collecte de pneus abandonnés, renforçant ainsi le volet environnemental et participatif du dispositif. Les autorités forestières appellent enfin les citoyens à rester particulièrement vigilants, à éviter tout comportement susceptible de provoquer un incendie et à donner immédiatement l’alerte en cas de départ de feu.
L’objectif demeure le même: préserver le patrimoine forestier d’Oran en intervenant avant qu’un foyer ne puisse se transformer en incendie majeur.
Mobilisation nocturne pour protéger les forêts
Par ailleurs, une sortie de terrain nocturne a notamment été organisée par l’association Chafi Allah pour l’élevage des oiseaux, en coordination avec les services des forêts, afin de renforcer la surveillance de plusieurs zones boisées, dont les forêts de Misserghine, de la Forêt des Planteurs et de la forêt de la Vierge. L’opération avait pour objectif de soutenir les dispositifs de veille et de permettre une détection aussi précoce que possible de tout signe annonciateur d’un incendie.
La présence des bénévoles sur le terrain devait également contribuer à repérer les situations suspectes et à faciliter, en cas de besoin, l’alerte rapide des services compétents. Pour les organisateurs, cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de protection de l’environnement et de préservation de la biodiversité. Elle vise également à développer une culture de prévention auprès de la population, particulièrement durant les périodes où les conditions météorologiques et environnementales favorisent la propagation rapide des feux.

La sensibilisation constitue ainsi l’un des principaux axes de cette campagne. L’association appelle les citoyens à éviter toute présence inutile dans les zones forestières lorsque le niveau de risque est élevé et à signaler immédiatement toute fumée, flamme ou activité inhabituelle. Les comportements susceptibles de mettre en danger la couverture végétale, la faune et les personnes sont également déconseillés. Les organisateurs insistent, par ailleurs, sur la nécessité de ne pas entraver le travail des équipes chargées de la surveillance et de l’intervention. Toute présence injustifiée dans certains secteurs forestiers peut compliquer les opérations et exposer son auteur à des dangers réels, tout en suscitant des soupçons lorsqu’elle intervient dans un contexte sensible.
Dans ce cadre, plusieurs numéros d’urgence ont été rappelés pour faciliter le signalement des incendies ou des comportements suspects : 1021, 1070, 1055 et 1548. L’association souligne que la rapidité de l’alerte peut jouer un rôle déterminant dans la maîtrise d’un départ de feu avant sa propagation. Cette mobilisation intervient alors qu’un vaste élan de solidarité s’est également développé dans l’ouest du pays en faveur des populations touchées par les incendies, notamment à Bejaïa , Jijel et dans plusieurs autres wilayas. Des associations, bénévoles, citoyens, commerçants, artisans, opérateurs économiques, scouts musulmans, membres du Croissant-Rouge algérien, ainsi que différentes organisations caritatives ont participé à des opérations d’aide et de collecte. Des convois de secours, des dons et diverses actions de soutien ont ainsi été organisés afin d’accompagner les familles sinistrées.
Au-delà de l’aide matérielle, cette mobilisation traduit la volonté de la société civile de participer à la protection des personnes et des espaces naturels. Pour les acteurs associatifs, la lutte contre les incendies ne peut toutefois reposer uniquement sur l’intervention des services spécialisés. La prévention demeure une responsabilité collective qui suppose vigilance, civisme et coopération entre citoyens, associations, services forestiers et Protection civile. Protéger les forêts revient, au-delà de la sauvegarde d’un patrimoine naturel, à préserver un espace essentiel à la biodiversité et aux générations futures.
Indemnisation des sinistrés des incendies
La procédure d’indemnisation des personnes touchées par les récents incendies dans la wilaya d’Oran entre dans une phase décisive. Le wali d’Oran, Brahim Ouchène, a présidé une réunion consacrée à l’examen de l’état d’avancement du recensement des dommages et à la préparation de leur évaluation financière, préalable au lancement des opérations d’indemnisation. La rencontre a réuni plusieurs responsables directement concernés par le traitement du dossier, notamment le secrétaire général de la wilaya, les chefs de daïra, le responsable du dispositif d’indemnisation des sinistrés, ainsi que les représentants des services des domaines de l’État.
Les responsables des secteurs agricole et hydraulique, le conservateur des forêts et les représentants des services de l’environnement ont également pris part aux travaux. Au cours de cette réunion, les participants ont examiné le rapport présenté par la commission de wilaya chargée du suivi des conséquences des incendies. Le document fait principalement le point sur les pertes enregistrées auprès des personnes affectées et sur les dégâts recensés dans les secteurs agricole et forestier. L’évaluation porte notamment sur les dommages matériels occasionnés aux exploitations et aux productions agricoles. Les autorités locales ont insisté sur la nécessité de finaliser rapidement les opérations de recensement, afin de disposer d’un état précis et consolidé des pertes avant d’engager concrètement le processus d’indemnisation. Dans ce cadre, le wali a donné des instructions pour achever l’enregistrement des dommages encore en cours d’examen. Cette étape doit permettre d’éviter toute omission dans l’établissement des listes des bénéficiaires et de garantir une évaluation aussi précise que possible des préjudices subis. Parallèlement au travail administratif de recensement, une expertise financière doit être engagée afin de déterminer la valeur des pertes déclarées.

Un expert doit ainsi procéder à l’examen des dommages constatés sur le terrain et à leur estimation, conformément aux procédures retenues pour la prise en charge des sinistrés. L’objectif affiché par les autorités est de raccourcir les délais entre le constat des dégâts et le versement des indemnisations. La coordination entre les différents services apparaît, à ce stade, comme un élément central pour finaliser le dossier dans les meilleurs délais. Cette opération concerne en particulier les exploitants et propriétaires dont les biens, les cultures ou les activités ont été affectés par les incendies.
Le recensement des pertes constitue ainsi la première étape d’un dispositif destiné à permettre aux victimes de bénéficier d’une prise en charge sur la base de dommages officiellement constatés et financièrement évalués. À travers cette démarche, les services de la wilaya entendent disposer d’un bilan exhaustif des conséquences des incendies avant de passer à la phase opérationnelle d’indemnisation.
Les prochaines étapes dépendront donc de l’achèvement des constatations sur le terrain et de la validation des évaluations financières établies pour chaque cas recensé.
Yacine Redjami


