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Jardins publics et espaces verts : un patrimoine à reconquérir

Jardins publics et espaces verts : un patrimoine à reconquérir

Le passage en début de semaine du wali d’Oran au jardin El Houria, à Es-Seddikia, n’avait rien d’une simple visite de routine. En insistant sur la nécessité de lancer de nouveaux travaux d’extension, de réaménagement et d’amélioration de cet espace de détente et de jeux pour enfants, il a rappelé une évidence : une ville ne se construit pas seulement avec du béton, des routes et des immeubles. Elle se construit aussi avec des arbres, des jardins, des places publiques et des espaces où les familles peuvent respirer. Cette orientation s’inscrit dans une dynamique plus large engagée par les autorités locales pour réhabiliter le cadre de vie et renforcer les espaces verts urbains.
Depuis plusieurs mois, les opérations de nettoyage, d’embellissement, de réhabilitation des jardins et de récupération des espaces publics se multiplient. Les campagnes contre les constructions illicites, l’occupation anarchique des trottoirs et la dégradation des équipements témoignent d’une volonté réelle de restaurer un ordre urbain longtemps mis à mal. Ces efforts méritent d’être salués tant ils répondent à une attente forte des Oranais. Mais il serait tout aussi injuste d’ignorer les retards accumulés. Car si les annonces sont nombreuses, leur traduction sur le terrain demeure inégale. Plusieurs projets de réhabilitation d’espaces verts ont connu des reports successifs, tandis que certains jardins publics continuent de souffrir d’un déficit d’entretien, d’éclairage, de gardiennage ou d’animation.
Le jardin El Houria, apprécié des familles, constitue un exemple encourageant. Avec ses douze hectares, il est devenu l’un des principaux lieux de promenade de la ville, notamment durant les soirées estivales. Son extension représente une décision bienvenue, mais elle rappelle également que beaucoup d’autres jardins attendent encore leur renaissance. Le cas de la forêt de Canastel est tout aussi révélateur. Depuis des années, ce véritable poumon écologique de l’agglomération fait l’objet de projets d’aménagement, de protection et de valorisation. Les intentions n’ont jamais manqué. Pourtant, les réalisations avancent lentement, freinées par des contraintes administratives, foncières ou financières. Les habitants continuent d’attendre une forêt mieux aménagée, mieux sécurisée et davantage protégée.
Cette situation pose une question de fond. Oran peut-elle prétendre devenir une métropole moderne tout en laissant ses espaces verts évoluer au seul rythme des urgences et des arbitrages budgétaires ? Dans un contexte de réchauffement climatique, les arbres, les jardins et les forêts urbaines ne constituent plus un simple agrément paysager. Ils deviennent des infrastructures essentielles pour améliorer la qualité de l’air, atténuer les fortes chaleurs, préserver la biodiversité et offrir des lieux de convivialité. La préservation des poumons verts exige donc une vision globale. Réhabiliter un jardin est indispensable, mais encore faut-il garantir ensuite son entretien permanent, assurer la surveillance des lieux, renouveler les plantations, économiser l’eau d’arrosage et responsabiliser les citoyens. Sans cette continuité, les investissements risquent de perdre rapidement leur efficacité.
Oran dispose pourtant d’atouts considérables. Son littoral, la forêt de Canastel, ses jardins historiques, ses promenades et ses nouveaux espaces paysagers peuvent constituer les piliers d’une véritable politique environnementale urbaine. La visite du wali au jardin El Houria constitue, à cet égard, un signal positif. Elle traduit une volonté politique de redonner aux espaces verts la place qu’ils méritent dans la ville. Les Oranais souhaitent voir les projets sortir des dossiers, les retards se résorber et les engagements se concrétiser. Car une métropole ne respire pleinement que lorsque ses poumons verts grandissent au même rythme que son développement urbain.
— Par S.Benali

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