Réhabilitation de la Rue des Aurès : un projet en attente depuis trois décennie
Réhabilitation de la Rue des Aurès : un projet en attente depuis trois décennie
Au cœur de la ville, à quelques pas de la place du 1er Novembre, le marché de la rue des Aurès, que les Oranais continuent d’appeler «La Bastille», offre depuis des décennies le spectacle désolant d’un équipement urbain abandonné à son sort. Derrière l’effervescence commerciale quotidienne se cache une réalité que plus personne ne peut ignorer : dallages et revêtements de sol disloqués, réseaux d’assainissement vétustes, infiltrations d’eau, odeurs nauséabondes, déchets accumulés, installations électriques précaires et conditions d’hygiène incompatibles avec les exigences d’une grande métropole. Ce qui devait être l’une des vitrines du commerce populaire oranais est progressivement devenu l’un des principaux points noirs du centre-ville.
Le plus préoccupant n’est pourtant pas l’état du marché. C’est son interminable attente. Depuis plus de trente ans, les Oranais entendent régulièrement annoncer son réaménagement. Chaque mandature communale a promis son lancement. Chaque responsable a évoqué un projet de modernisation. Les études ont été réalisées, les esquisses présentées, les annonces multipliées. Mais, sur le terrain, rien ou presque n’a changé. Les promesses se sont succédé plus vite que les travaux. La principale difficulté est connue. Pour engager une réhabilitation complète, il est indispensable de transférer provisoirement les commerçants vers un autre site. Cette opération, pourtant classique dans de nombreuses villes, demeure le véritable nœud du problème. Faute d’une solution consensuelle, le projet reste figé. Les commerçants craignent de perdre leur clientèle, les autorités recherchent un espace d’accueil adapté, tandis que les années continuent de s’accumuler au détriment du patrimoine communal.
Cette impasse illustre les limites d’un mode de gestion qui peine encore à transformer les décisions en réalisations concrètes. Les responsables locaux ne manquent pourtant ni de volonté ni de directives. Les réunions de coordination se multiplient, les visites de terrain également, et les instructions du wali rappellent régulièrement la nécessité d’accélérer les projets structurants. Mais entre la décision administrative et sa concrétisation s’intercalent souvent les lenteurs bureaucratiques, les procédures complexes, les arbitrages interminables et parfois l’absence d’une véritable coordination entre les différents intervenants. À ces insuffisances s’ajoute malheureusement un déficit persistant de responsabilité citoyenne. Malgré les efforts des responsables locaux, les actes d’incivisme continuent de détériorer les espaces publics : dépôts sauvages de déchets, occupation anarchique des trottoirs, extensions illicites des étals, branchements improvisés et absence de respect des règles élémentaires de propreté. Une réhabilitation durable ne pourra réussir que si elle s’accompagne d’un véritable changement des comportements. Pourtant, les raisons d’espérer existent. Ces dernières années, Oran a engagé plusieurs opérations de réhabilitation de places publiques, de jardins, de façades et de voiries. La volonté de redonner une nouvelle image à la capitale de l’Ouest est bien réelle. Encore faut-il que cette dynamique atteigne enfin les dossiers les plus anciens, ceux qui concentrent depuis trop longtemps les retards accumulés.
La Bastille mérite mieux que d’être le musée vivant des renoncements administratifs. Son histoire commerciale fait partie de la mémoire collective des Oranais. La réhabiliter ne consiste pas seulement à remplacer un revêtement de sol ou à refaire des canalisations. Il s’agit de restaurer un patrimoine, d’améliorer les conditions de travail des commerçants, de garantir la sécurité sanitaire des consommateurs et de rendre au centre-ville l’image qu’il mérite.