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Face au défi de la « harga » : gagner la bataille contre les passeurs

Face au défi de la « harga » : gagner la bataille contre les passeurs

Oran entretient depuis toujours une relation particulière avec la mer. Ouverte sur la Méditerranée, la capitale de l’Ouest a bâti son histoire autour de son port, de ses échanges et de son ouverture sur le monde. Mais cette mer, symbole de prospérité et d’espérance, est devenue depuis des décennies le théâtre d’un drame silencieux : celui de la “harga”. Malgré les campagnes de sensibilisation, les dispositifs de surveillance et les coups de filet menés contre les passeurs, les départs clandestins continuent de temps en temps d’alimenter l’actualité, faisant de ce phénomène l’un des défis sociaux les plus complexes auxquels demeure confrontée la région oranaise.

Pourtant, il serait réducteur d’affirmer que rien n’a été entrepris pour éradiquer ce fléau. Ces dernières années, les autorités locales ont engagé de nombreuses actions visant à améliorer les conditions de vie de la population. Mais il reste à faire face à l’influence grandissante des réseaux sociaux, qui diffusent l’image trompeuse d’une réussite facile de l’autre côté de la Méditerranée, occultant volontairement les épreuves de la clandestinité. C’est souvent au nom de ces difficultés que certains tentent d’expliquer, voire de banaliser, la recrudescence des traversées clandestines. Or cette lecture est incomplète. Car la “harga” ne résulte pas uniquement de considérations économiques. Elle est aussi alimentée par des illusions, des récits déformés et parfois par une véritable pression psychologique exercée sur des jeunes convaincus que leur avenir ne peut s’écrire qu’ailleurs.

À Oran, où les services de sécurité renforcent régulièrement la surveillance du littoral, les interventions des garde-côtes et les opérations de démantèlement de réseaux de passeurs témoignent d’une vigilance permanente. Les embarcations de fortune continuent pourtant de quitter discrètement certaines portions du littoral oranais ou des communes côtières voisines, preuve que les filières criminelles savent s’adapter aux dispositifs de contrôle.

C’est là que réside aujourd’hui la principale évolution du phénomène. La “harga” n’est plus seulement le geste désespéré de quelques candidats à l’exil. Elle est devenue une activité criminelle extrêmement rentable. De véritables organisations structurées recrutent leurs clients, encaissent des sommes importantes, fournissent des embarcations précaires et abandonnent souvent leurs passagers à leur sort. Pour ces trafiquants, cette situation est devenue un commerce. Les risques sont considérables. Chaque traversée expose ses passagers aux naufrages, aux disparitions en mer, aux poursuites judiciaires, mais aussi, une fois arrivés sur l’autre rive, à l’exploitation, au travail clandestin, aux réseaux de traite des êtres humains ou aux expulsions. Derrière chaque embarcation interceptée se cachent des familles oranaises plongées dans l’angoisse, parfois sans jamais connaître le sort de leurs proches. La lutte contre la “harga” peut se gagner par une lutte soutenue contre ce phénomène, mais elle suppose aussi de poursuivre les efforts de développement déjà engagés à Oran, d’accélérer la création d’emplois durables, de favoriser l’initiative des jeunes, de renforcer les espaces culturels et sportifs et, surtout, de restaurer la confiance dans l’avenir. Car une ville qui investit dans sa jeunesse réduit mécaniquement le pouvoir d’attraction des passeurs. Oran possède tous les atouts pour offrir cet horizon : un tissu universitaire important, un potentiel industriel en pleine relance, un port stratégique, un aéroport international, un tourisme appelé à se développer et de grands projets économiques en cours. Le véritable défi consiste désormais à faire en sorte que ces atouts soient perçus par les jeunes comme des opportunités concrètes. C’est à cette condition que la Méditerranée retrouvera sa vocation naturelle de trait d’union entre les peuples, au lieu de demeurer le cimetière des illusions perdues.

— Par S.Benali

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