Viandes avariées : la guerre contre les fraudeurs continue
Viandes avariées : la guerre contre les fraudeurs continue
L’affaire de la saisie de près de 200 kilogrammes de viande blanche impropre à la consommation par les éléments de la sûreté urbaine d’Aïn El Beïda, relevant de la sûreté de daïra d’Es Sénia, rappelle une nouvelle fois que la bataille pour la protection du consommateur doit d’être gagnée à Oran. Derrière cette intervention exemplaire se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : celle d’une minorité de commerçants qui continuent de défier la loi, de tromper le consommateur et de mettre délibérément en péril la santé publique. Cette opération n’est pas un simple fait divers. Elle s’inscrit dans une série d’affaires qui, depuis plusieurs mois, mobilisent les services de police, la direction du commerce, les services vétérinaires et les brigades de contrôle à travers toute la wilaya. De Bir El Djir à Es Sénia, d’Aïn El Beïda à El Kerma, les interventions se succèdent pour retirer du marché des produits impropres à la consommation avant qu’ils n’atterrissent dans les assiettes des familles oranaises. On se souvient encore de la saisie, il y a quelques semaines, de près de trois tonnes de viande avariée destinée à être écoulée dans plusieurs quartiers de l’agglomération oranaise. Des chambres froides clandestines ont été découvertes, des commerces ont été fermés administrativement et plusieurs ateliers de transformation ne respectant aucune norme d’hygiène ont été démantelés. Ces opérations illustrent l’ampleur d’un phénomène qui prospère encore dans l’ombre de l’économie informelle.
Le plus inquiétant demeure que ces pratiques apparaissent souvent lors des périodes de forte consommation. L’été dernier, alors que les plages d’Aïn El Turck, des Andalouses, de Cap Falcon ou de Kristel accueillaient des milliers d’estivants, les services de contrôle ont multiplié les inspections des restaurants, des fast-foods, des boucheries et des commerces alimentaires. De nombreuses infractions relatives à la conservation des aliments, au non-respect de la chaîne du froid et aux conditions d’hygiène ont été relevées. Cette mobilisation traduit pourtant une volonté politique clairement affichée. Lors de plusieurs réunions de coordination, le wali d’Oran a insisté sur le renforcement des contrôles économiques, la protection du consommateur et la lutte contre toutes les formes de fraude. Les descentes conjointes associant police, gendarmerie, direction du commerce, services vétérinaires et bureaux communaux d’hygiène deviennent progressivement une composante essentielle de la gouvernance locale.
Mais ces efforts se heurtent encore à des résistances profondément enracinées. Certains commerçants continuent de considérer la réglementation comme une simple contrainte administrative. D’autres cherchent systématiquement à contourner les contrôles, profitant parfois des insuffisances de l’économie informelle ou de la difficulté de surveiller quotidiennement des milliers de points de vente répartis entre le centre-ville, les marchés populaires d’El Hamri, de Médioni, de la Bastille, les nouveaux pôles urbains de Belgaïd, de Sidi Chahmi ou encore les localités périphériques de la wilaya.
La fraude alimentaire n’est d’ailleurs qu’une facette d’un phénomène plus large. Les Oranais constatent régulièrement d’autres dérives : flambée injustifiée du prix de la tasse de café dans certains établissements sans augmentation réelle des coûts, spéculation sur certains produits de large consommation, occupation illicite des trottoirs par des commerces informels, absence d’affichage des prix, marchandises sans traçabilité ou encore non-respect des règles d’hygiène dans certains marchés de proximité. Autant de pratiques qui détériorent la confiance entre commerçants et consommateurs.
La majorité des commerçants oranais exerce pourtant son activité avec sérieux et professionnalisme. Ce sont précisément ces professionnels respectueux de la loi qui sont les premières victimes de cette concurrence déloyale. Chaque fraude discrédite l’ensemble de la profession et fragilise davantage le commerce de proximité. L’ambition d’Oran de devenir une métropole moderne, attractive et tournée vers le tourisme ne peut se limiter aux grands projets d’infrastructures, aux nouvelles zones urbaines ou à la réhabilitation des espaces publics. Une ville moderne est aussi celle où le consommateur peut acheter sans crainte un morceau de viande, un sandwich ou un repas dans le respect des normes sanitaires les plus élémentaires.
Les opérations menées ces derniers mois démontrent que les autorités locales ont engagé une véritable offensive contre les tricheries commerciales. Encore faut-il que cette dynamique s’inscrive dans la durée, que les sanctions soient exemplaires et que les citoyens eux-mêmes continuent de signaler les abus. Car la réputation d’Oran ne se construit pas seulement avec des routes, des tramways ou des équipements publics. Elle se construit aussi dans chaque marché, chaque boucherie, chaque restaurant et chaque commerce où le respect de la loi doit désormais devenir la règle et la fraude l’exception.