A la une

Il y a 68 ans, l’armée française bombardait Sakiet Sidi Youcef en Tunisie : le serment des peuples

Cette opération n’était pas un acte isolé, mais une vengeance de l’armée coloniale française, encore meurtrie par sa défaite lors de la bataille de Djebel El Ouasta, le 11 janvier 1958, où 16 soldats français avaient été tués.

Le massacre de Sakiet-Sidi Youcef, dont le 68e anniversaire sera commémoré aujourd’hui, demeure l’un des crimes odieux perpétrés par les forces coloniales françaises à l’encontre des populations algérienne et tunisienne. Plus qu’un événement tragique, ce massacre symbolise la solidarité indéfectible qui unit ces deux peuples dans leur lutte pour la liberté et leur résistance face à l’oppression.
Yacine Khedaïria, enseignant-chercheur en histoire à l’Université Mohamed-Cherif Messaâdia de Souk Ahras, rappelle que ce massacre est aussi le symbole d’une violence coloniale qui a marqué la mémoire commune des deux nations. Il évoque comment, le 8 février 1958, le village de Sakiet Sidi-Youcef, situé à la frontière algéro-tunisienne, a été bombardé par des avions de chasse français, ciblant des civils innocents alors qu’ils se rendaient au marché hebdomadaire. L’objectif de cette attaque était de punir collectivement les habitants pour leur soutien aux Moudjahidine de l’Armée de libération nationale (ALN) et leur engagement dans la lutte pour l’indépendance.
Il souligne également que cette opération n’était pas un acte isolé, mais une vengeance de l’armée coloniale française, encore meurtrie par sa défaite lors de la bataille de Djebel El Ouasta, le 11 janvier 1958, où 16 soldats français avaient été tués. La brutalité de ces actes, notamment le bombardement de Sakiet Sidi-Youcef, constitue selon lui «un crime contre l’humanité imprescriptible», illustrant la sauvagerie du colonialisme français.
De son côté, Djamel Ouarti, chercheur en histoire moderne et contemporaine à l’Université de Souk Ahras, considère que ces massacres ont permis de révéler au monde «la brutalité et la sauvagerie du colonialisme français». Il rappelle que près de 79 civils ont été tués, dont 20 enfants et 11 femmes, et que de nombreuses infrastructures vitales ont été détruites. Ces actes terroristes visaient à rompre les liens historiques entre les peuples algérien et tunisien, tout en influençant la lutte pour l’indépendance, tant sur le plan militaire que moral.
Pour M. Ouarti, ces événements ont constitué «un tournant décisif de la lutte pour la liberté», en contribuant à dévoiler la véritable nature du colonialisme aux yeux de la communauté internationale. Il souligne aussi que, malgré ces tragédies, «les défaites politiques et militaires de la France se sont poursuivies jusqu’à l’effondrement complet de la 4ème République à la suite du coup d’État du 13 mai 1958».
Mourad Bendjeriou, également de l’Université de Souk Ahras, affirme que «les massacres de Sakiet Sidi-Youcef n’ont en aucun cas entamé la détermination du peuple algérien à poursuivre sa lutte, ni affecté les liens de fraternité qui unissent les peuples algérien et tunisien». Au contraire, ces événements ont renforcé leur union, en leur rappelant l’importance de la solidarité dans leur combat commun. Les deux peuples fraternels, conscients de leur histoire commune, mettent un point d’honneur à commémorer chaque année cette tragédie, en hommage aux victimes innocentes. Ce devoir de mémoire, qui maintient vivante la solidarité algéro-tunisienne, témoigne de la force des liens qui unissent ces deux nations dans leur quête commune de liberté et de justice.
Ce lien fort entre l’Algérie et la Tunisie s’est traduit concrètement durant la décennie noire en Algérie, où la Tunisie a fait montre de solidarité en maintenant ses frontières ouvertes, apportant ainsi une aide précieuse à son voisin en pleine tourmente. La solidarité entre les deux peuples s’est aussi manifestée par le maintien de liens d’entraide dans un contexte difficile, notamment par le soutien que l’Algérie a apporté à la Tunisie lors de ses moments les plus sombres, empêchant l’effondrement de l’industrie touristique tunisienne. L’Algérie y a dépêché des millions de touristes dans le pays durant plusieurs années, notamment après le départ massif des touristes occidentaux suite à des attaques terroristes.

Yahia Bourit

 

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page