Institut du cancer d’Oran : vers l’aboutissement d’un interminable chantier?
Lors d’une toute récente visite sur le site de l’institut du cancer, le wali d’Oran a une nouvelle fois exigé une plus grande mobilisation des moyens et une meilleure organisation des opérations sur le chantier afin de garantir la livraison du projet dans les délais. Une fois encore, les autorités locales sont revenues sur le chantier de l’Institut national de recherche et de traitement du cancer d’Oran pour rappeler l’impératif d’accélérer les travaux et respecter les délais de livraison annoncés.
Une scène devenue familière tant ce projet, pourtant présenté depuis des années comme l’un des plus importants investissements sanitaires du pays, semble avancer au rythme des reports, des révisions de calendriers et des injonctions administratives. Il faut reconnaître que l’enjeu dépasse largement la simple réception d’un nouvel édifice hospitalier. Derrière le bâti en cours de finition de cet institut se trouve l’espoir de milliers de malades atteints de cancer, contraints depuis des années à supporter l’engorgement des structures existantes, les longues listes d’attente et parfois les déplacements vers d’autres régions pour accéder à certains traitements spécialisés.
Annoncé comme un pôle d’excellence associant soins, recherche scientifique, formation médicale et développement de nouvelles approches thérapeutiques, l’Institut national de recherche et de traitement du cancer devait constituer une référence nationale et régionale. Sa vocation n’est pas seulement de soigner davantage de patients, mais aussi de produire de la connaissance médicale, de participer à la lutte contre les cancers les plus répandus et de contribuer à l’amélioration globale des politiques de santé publique. Or, la réalité du chantier a souvent donné l’impression d’une succession de rendez-vous manqués. Depuis quelques années, les annonces de livraison se sont multipliées sans jamais être totalement concrétisées. Chaque nouvelle échéance semblait remplacer la précédente, alimentant autant l’impatience des professionnels de santé que l’incompréhension des citoyens.
Les visites officielles se sont succédé, les consignes ont été répétées et les entreprises ont été régulièrement sommées de renforcer leurs moyens humains et matériels. Cette situation pose une question qui dépasse le seul cas de l’Institut du cancer: pourquoi les grands projets publics à forte portée sociale peinent-ils si souvent à respecter leurs calendriers initiaux ? Les retards récurrents entraînent non seulement des surcoûts financiers mais aussi un coût humain rarement quantifié. Chaque mois perdu représente des capacités d’accueil qui ne sont pas disponibles, des équipements qui restent inutilisés et des patients qui continuent à subir les limites d’un système en déficit d’infrastructures spécialisées.
Aujourd’hui, alors que les autorités locales affichent leur volonté de voir enfin aboutir ce projet, l’essentiel n’est plus seulement de livrer le bâtiment dans les plus brefs délais. Il faudra également garantir son fonctionnement optimal dès son ouverture. Un institut de lutte contre le cancer ne se résume pas à une infrastructure moderne. Il exige des équipes médicales hautement qualifiées, des chercheurs, des biologistes, des physiciens médicaux, des équipements de pointe continuellement entretenus, des protocoles scientifiques rigoureux et des financements durables. Le véritable défi commencera donc probablement après l’inauguration officielle.
L’histoire récente regorge d’infrastructures réceptionnées avec faste mais confrontées ensuite à des difficultés d’exploitation, à des pénuries de personnel spécialisé ou à des problèmes de maintenance. L’Institut national de recherche et de traitement du cancer d’Oran représente une nécessité médicale, scientifique et humaine. Après les années de retard, les citoyens sont en droit d’attendre davantage qu’une inauguration : ils attendent un établissement performant, opérationnel et capable de devenir le grand centre de référence officiellement annoncé depuis le premier jour.
Par S.Benali