Oran Aujourd'hui

Aménager, entretenir, embellir, reconstruire…

Les communes lancent des opérations d’embellissement, de réfection des trottoirs, de remise en peinture des bordures, de rénovation des espaces verts, de réparation de l’éclairage public ou parfois même de réhabilitation de bâtiments administratifs et d’équipements de proximité. Les budgets sont dégagés, les marchés attribués, les entreprises ou artisans mobilisés. Quelques semaines après, les communiqués officiels mettent en avant les efforts consentis pour améliorer le cadre de vie des résidents et des vacanciers.
Sur le principe, rien de plus normal. Une ville s’entretient en permanence. Aucun patrimoine public n’est éternel. Routes, écoles, places publiques, réseaux d’assainissement ou bâtiments communaux nécessitent une maintenance régulière. C’est même l’une des missions essentielles des collectivités locales. Mais une question préoccupante reste à chaque fois posée par l’opinion locale: pourquoi certains travaux sont de nouveau entrepris chaque année? À Oran le citoyen finit par avoir l’impression de voir les mêmes trottoirs refaits plusieurs fois, les mêmes chaussées rebouchées à répétition, les mêmes espaces verts réaménagés tous les deux ou trois ans, tandis que d’autres quartiers attendent toujours leur premier véritable aménagement. Cette impression est-elle fondée ? Les chiffres détaillés des dépenses publiques permettraient sans doute d’y répondre. La maintenance est certes une nécessité.
La répétition permanente des mêmes travaux sur les mêmes endroits est une autre histoire. Lorsqu’un revêtement se dégrade quelques mois seulement après sa réalisation, lorsque le mobilier urbain fraîchement installé disparaît ou se détériore rapidement, lorsque les marquages au sol deviennent invisibles après quelques intempéries, ou lorsque les mêmes canalisations sont ouvertes plusieurs fois dans l’année par différents opérateurs, il devient légitime de s’interroger. Car le problème ne réside pas uniquement dans l’entreprise qui exécute les travaux. Il concerne toute la chaîne locale de responsabilité. Dans un marché public, l’argent n’achète pas seulement un ouvrage ; il achète également une obligation de résultat.
Or la culture du contrôle demeure souvent moins visible que celle de l’inauguration. Les élus annoncent les projets. Les entreprises réalisent les travaux. Les services techniques réceptionnent les chantiers. Mais plusieurs années plus tard, il est rarement possible pour le citoyen de connaître le coût cumulé des interventions successives sur un même équipement ou un même site.
Cette transparence ne devrait pourtant pas être perçue ou ressentie comme une remise en cause des gestionnaires. Bien au contraire, elle constituerait le meilleur moyen de renforcer la confiance et la crédibilité. Dans bien d’autres pays, les collectivités locales publient des indicateurs simples : coût annuel de la maintenance, durée de vie moyenne des équipements, taux de reprise des travaux sous garantie, entreprises ayant obtenu les marchés, calendrier des interventions, audits techniques réalisés. Ces informations permettent non seulement de suivre l’utilisation de l’argent public, mais aussi d’améliorer progressivement la qualité des réalisations.
Chez nous, le débat s’arrête le plus souvent au seul montant du budget voté et des crédits consommés.. Plus rarement à son impact et son efficacité. Pourtant, une commune performante n’est pas nécessairement celle qui dépense le plus. C’est celle qui parvient à faire durer ses investissements.
Une chaussée qui reste en bon état dix ans coûte finalement moins cher qu’une autre qu’il faut reprendre tous les deux ans. Un jardin public correctement conçu nécessite moins d’interventions qu’un espace vert constamment réaménagé.
La bonne gestion publique ne se mesure donc pas seulement à la capacité d’obtenir des crédits, mais à celle de préserver durablement le patrimoine collectif. Dans un contexte où chaque dinar consacré à une réparation inutile est un dinar qui ne finance ni une école, ni une bibliothèque, ni une route nouvelle, ni un équipement sportif, la question mérite d’être posée sans polémique mais sans complaisance. L’entretien des biens publics est indispensable. Leur réfection permanente l’est beaucoup moins.
Peut-être est-il temps que les collectivités locales communiquent davantage non seulement sur ce qu’elles réalisent, mais aussi sur la durée réelle de leurs réalisations, sur le coût global de leur maintenance et sur les contrôles exercés après l’exécution des marchés. Car la véritable réussite d’un investissement public ne se célèbre pas le jour de son inauguration. Elle se vérifie plusieurs années plus tard, lorsqu’il continue de remplir sa mission sans mobiliser, encore, les mêmes budgets.
Par S.Benali

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