Oran Aujourd'hui

Sécurité routière : le rôle central de la signalisation

Il y a parfois des faits si courants et ordinaires qu’ils finissent par devenir invisibles. Les Oranais les croisent chaque jour sans plus y prêter attention. Pourtant, ils racontent beaucoup sur l’état de notre ville. Il suffit de prendre le volant ou simplement de longer un trottoir ou de traverser une rue pour constater que les lignes blanches sont effacées et disparaissent peu à peu sous les pneus, que les marques des passages piétons se confondent avec le bitume, que certains panneaux de signalisation sont tordus, couchés ou totalement absents.
À certains carrefours, il ne reste même plus le moindre repère permettant de distinguer une priorité d’un cédez-le-passage. Le plus inquiétant est que cette situation ne concerne plus quelques rues oubliées. Elle touche aussi des axes urbains, y compris les plus fréquentés. Des quartiers périphériques jusqu’au centre-ville, la signalisation horizontale comme verticale semble ici et là avoir été abandonnée au temps et aux intempéries. Une chaussée bien marquée, un passage piéton bien visible de loin, un panneau lisible de jour comme de nuit constituent les premiers outils de prévention des accidents.
Ils rappellent les règles avant même que le conducteur n’ait à les interpréter. Combien d’automobilistes ralentissent aujourd’hui devant un passage piéton qu’ils ne distinguent même plus ? Combien de motocyclistes, de cyclistes ou de piétons se retrouvent dans des situations dangereuses parce qu’une priorité n’est plus identifiable ? La prévention ne peut être à sens unique. Elle suppose également que la collectivité assume pleinement sa part de responsabilité. Le paradoxe est frappant.
Les collectivités investissent des milliards de centimes dans l’élargissement des routes, la modernisation des carrefours ou l’installation de nouveaux feux tricolores, mais oublient parfois ce qui coûte le moins cher et sauve probablement le plus de vies : quelques litres de peinture routière, quelques dizaines de panneaux remplacés à temps et un entretien méthodique.
Ce phénomène dépasse d’ailleurs la seule question de la circulation. Il révèle une manière de gérer l’espace public où l’on privilégie volontiers les grands projets visibles au détriment de la maintenance quotidienne. Construire est valorisant. Entretenir l’est beaucoup moins. Pourtant, une ville se juge souvent davantage à sa capacité de préserver ce qu’elle possède qu’à sa faculté d’annoncer de nouveaux chantiers. Les spécialistes de l’aménagement urbain rappellent régulièrement qu’une infrastructure mal entretenue finit toujours par coûter beaucoup plus cher que son entretien régulier.
Une signalisation effacée entraîne davantage d’accidents. Les accidents génèrent des coûts humains, médicaux, judiciaires et économiques infiniment supérieurs au prix d’une simple opération de marquage. À l’heure où l’on parle de « ville intelligente », de mobilité durable et de modernisation des transports, Oran gagnerait peut-être à commencer par redonner de la visibilité… à ses propres règles. Car une ville qui laisse disparaître ses lignes blanches finit aussi par brouiller les lignes de responsabilité.

Par S.Benali

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