
Le 4 septembre prochain débutera la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine : Alger capitale de la croissance
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), avec un marché potentiel de 3 400 milliards de dollars, se présente comme l’outil structurant pour franchir un cap historique.
A partir du 4 septembre, Alger deviendra le carrefour de l’Afrique et de l’économie mondiale avec la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF). Cet événement représente une véritable plateforme pour les acteurs économiques et les investisseurs internationaux. Les stands des pays participants offriront des opportunités d’affaires prometteuses, tout en contribuant au développement du continent. L’Afrique, riche en ressources minières et pétrolières, possède également un potentiel solaire représentant 60 % des meilleures ressources mondiales. De plus, elle détient environ 60 % des terres arables non cultivées. Cela crée une occasion stratégique pour les investisseurs d’améliorer la sécurité énergétique, de dynamiser l’industrie locale et de s’imposer comme un exportateur d’énergie majeur.
Avec plus de 1,4 milliard d’habitants et une consommation prévue de 2 500 milliards de dollars d’ici 2030, le continent se distingue comme l’un des marchés intérieurs les plus dynamiques. Dans ce cadre, les spécialistes appellent à des investissements ciblés dans l’agriculture, les infrastructures rurales et l’agro-industrie, pour positionner l’Afrique comme un acteur clé de la sécurité alimentaire mondiale. Actuellement, le continent est un importateur net de denrées alimentaires, dépensant plus de 50 milliards de dollars par an, un chiffre qui pourrait dépasser 110 milliards d’ici 2030.
La dynamique démographique entraîne une urbanisation rapide, augmentant les perspectives d’investissement. Selon les experts, l’Afrique est la région qui s’urbanise le plus vite au monde, avec plus de 500 millions de nouveaux citadins attendus d’ici 2040. Cet avis est également partagé par Ishak Kherchi, économiste et directeur de l’École supérieure de commerce. Il souligne que, malgré ses ressources, le continent fait face à de nombreux défis. « Le véritable enjeu pour l’Afrique est de valoriser ces ressources localement, en unissant les efforts pour améliorer l’éducation, la recherche et l’innovation technologique», explique-t-il. Il précise que l’Afrique est vulnérable en raison de sa dépendance à l’exportation de matières premières, exacerbée par un manque d’infrastructures, une vulnérabilité financière, une absence d’intégration régionale et un déficit en transfert de technologies.
De fait, la solution ne réside pas seulement dans l’augmentation de la production, mais dans une refonte des chaînes de valeur. Il est crucial de passer de l’exportation de matières premières à la transformation locale et à l’innovation. Cela nécessitera des fonds d’investissement africains, le développement d’infrastructures communes de transport, d’énergie et de logistique, et une mobilisation des financements internes sans dépendre uniquement des institutions internationales.
Les économistes s’accordent sur un point : il est indispensable d’accélérer l’intégration économique continentale, un aspect central de l’IATF, d’autant plus que les échanges intra-africains ne représentent actuellement que 14 à 16 % du commerce total, contre plus de 60 % en Europe. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), avec un marché potentiel de 3 400 milliards de dollars, se présente comme l’outil structurant pour franchir ce cap. Avec l’application effective de la ZLECAf, en supprimant les barrières tarifaires et en harmonisant les normes, le commerce intra-africain pourrait croître de 33 % et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035.
IATF 2025
Les startups au cœur de la transformation économique du continent
A la faveur de l’essor des initiatives entrepreneuriales dans de nombreux pays africains, les startups s’imposent désormais comme un levier stratégique de croissance, en introduisant des innovations décisives dans des secteurs variés, permettant d’intensifier la dynamique de développement et de consolider le processus d’intégration économique du continent.
Cette dynamique révèle une prise de conscience croissante chez les gouvernements et investisseurs africains, de l’innovation comme instrument essentiel pour surmonter les défis structurels, de la fracture numérique à la sécurité alimentaire, et consacre les startups comme une force émergente capable d’imprimer des mutations profondes à l’économie du continent.
A cet égard, l’experte en innovation et en transition numérique, Alexia Amichia, a indiqué à l’APS que les startups africaines disposent de la capacité d’apporter des réponses tangibles aux défis structurels qui se posent au continent, en particulier dans les domaines de l’inclusion financière grâce aux technologies financières, de l’accroissement de la productivité agricole via les plateformes numériques, de l’élargissement de l’accès aux soins par le biais de l’e-santé, ainsi que par la conception de solutions éducatives novatrices».
L’experte ivoirienne a ajouté que la véritable force de ces entreprises réside dans leur aptitude à élaborer des modèles flexibles, étroitement arrimés aux besoins des citoyens, et susceptibles de provoquer des mutations substantielles au sein de secteurs économiques stratégiques.
Dans le domaine de la fintech, l’innovation contribue à fournir des services de paiement et de transferts numériques aux zones dépourvues d’infrastructures classiques, ce qui accélère les transactions, réduit leurs coûts et stimule l’entrepreneuriat grâce aux solutions de financement digital et de microcrédit.
Les projections estiment que le volume des paiements numériques en Afrique pourrait atteindre 1.500 milliards de dollars d’ici 2030, porté par la généralisation de solutions fintech innovantes.
En matière d’agriculture intelligente, le recours à des techniques d’irrigation de précision, à des capteurs et à des drones de surveillance des cultures favorise l’accroissement de la productivité, l’optimisation de la gestion des ressources et la réduction du gaspillage, contribuant ainsi à consolider la sécurité alimentaire tout en ouvrant de nouvelles perspectives aux producteurs.
Quant au commerce électronique, en plein essor sur le continent, avec des revenus attendus dépassant 39 milliards de dollars en 2025 et environ 54 milliards de dollars en 2029, il offre aux petites entreprises l’opportunité d’accéder à de nouveaux marchés, générant des emplois dans les secteurs des équipements, des services de paiement et du marketing digital, tout en contribuant à l’intégration économique africaine.
Pour l’édification d’un écosystème propice à l’innovation, Mme Amichia a souligné l’impérieuse nécessité d’un partenariat étroit entre gouvernements, investisseurs et startups.
«Les Etats doivent mettre en place un cadre juridique clair et incitatif, tandis que les investisseurs sont appelés à assurer les financements indispensables afin de permettre aux jeunes entreprises de poursuivre leur rôle innovant», a-t-elle soutenu, ajoutant que cette synergie tripartite peut «créer les conditions d’une croissance durable et inclusive, où l’innovation devient un levier essentiel du développement à l’échelle continentale».
Elle a, par ailleurs, relevé l’importance des initiatives régionales et continentales pour connecter les écosystèmes africains entre eux, citant la Foire commerciale intra-africaine (IATF) qui constitue «une plateforme unique réunissant décideurs, entrepreneurs et investisseurs venus de toute l’Afrique, renforçant l’intégration régionale, facilitant la mobilité des compétences et des capitaux, et contribuant à l’édification d’un véritable marché africain de l’innovation compétitif à l’échelle mondiale».
Cet événement, organisé à Alger du 4 au 10 septembre prochain sous le slogan «Passerelle vers de nouvelles opportunités», prévoit des espaces dédiés aux jeunes entrepreneurs, aux étudiants et aux chercheurs.
Dans ce cadre, l’IATF accueillera le Programme africain des startups, offrant à 75 jeunes entreprises issues de différents pays du continent l’opportunité d’exposer dans un pavillon dédié, de bénéficier de formations spécialisées, de sessions avec investisseurs et experts en financement, ainsi que d’un accompagnement technique et de rencontres bilatérales avec des responsables d’organismes régionaux et internationaux.
L’événement verra également le lancement du Pôle africain de recherche et d’innovation, une plateforme numérique interactive destinée aux enseignants, chercheurs et étudiants africains, y compris ceux de la diaspora, afin de présenter leurs travaux et prototypes et de renforcer la coopération entre le milieu académique, l’industrie et les décideurs, dans le but de soutenir l’innovation et de faciliter l’accès aux marchés.
Cet événement vient ainsi consolider la démarche engagée par l’Algérie visant à encourager l’émergence d’un écosystème propice à l’innovation en Afrique.
Depuis 2022, le pays a accueilli la Conférence africaine des startups, qui a abouti à l’adoption de la Déclaration ministérielle d’Alger sur le développement des startups et de l’intelligence artificielle en Afrique.
Dans ce document, les ministres africains en charge du secteur ont souligné le rôle essentiel de ces jeunes pousse dans le développement économique et social, ainsi que leur contribution à l’Agenda 2063 de l’Union africaine et aux stratégies continentales de transformation numérique et d’innovation, saluant les efforts déployés par l’Algérie dans ce domaine.
La Déclaration d’Alger, adopté également par l’Union africaine, a insisté sur la nécessité d’investir dans les infrastructures numériques pour garantir un accès équitable à la technologie et réduire la fracture numérique, ainsi que sur l’importance de politiques harmonisées favorisant la coopération africaine dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Elle a, en outre, appelé à «accélérer la mise en place d’un Fonds africain de soutien aux startups et à l’intelligence artificielle, destiné à financer les projets à fort impact socio-économique, et à créer des pôles technologiques et incubateurs pour stimuler l’innovation», tout en mettant à profit les technologies numériques pour assurer une transformation globale et durable, renforçant la place de l’Afrique dans l’économie numérique mondiale.
Yahia Bourit