EDITO

Quand la pizza devient un élément d’analyse politique

Couvrant les évènements qui secouent depuis un certain temps l’Iran, les chaînes d’information en continu meublent, du mieux et du pire qu’elles peuvent, de longues séquences d’antenne pouvant aller parfois jusqu’à trois heures d’affilée et plus sur le sujet.
Une gymnastique lassante où experts, politologues, analystes, spécialistes et anciens généraux débitent leur vision et leur éclairage, en allant du degré zéro de l’analyse aux plus folles projections qu’ils assénent comme des vérités irrémédiables et absolues.
Et puis dans ce tumulte de débats acharnés, il y’eut cette lumière éclatante, dimanche soir, sur le plateau d’une chaîne française où l’analyse politique a titillé les sommets, et “confirmé” qu’une attaque américaine sur l’Iran était imminente et pourrait même avoir lieu la nuit même. Et l’argument massu qui le confirme, c’est le fait d’avoir pris connaissance “qu’une grande quantité de pizzas a été livrée au Pentagone”.
Avec ces raccourcis, on se demande pourquoi on ferait les grandes écoles de sciences politiques, de journalisme, d’académies militaires ou tout autre grande école du même genre. L’information est devenue aujourd’hui comme la cuisine à la fast food. Ces chaînes info, tout comme d’ailleurs les réseaux sociaux, multiplient les sorties de route, mais restent malgré cela les premiers à façonner l’opinion publique et par extension, les premières causes de la montée des responsables politiques aux plus hautes fonctions dans plusieurs pays.
Une tendance qui se confirme par exemple en France où les médias de Bolloré, comme d’autres d’ailleurs, ont réussi à faire des mouvements de l’extrême droite, dont en particulier le Rassemblement national, le sauveur du pays, et même à mettre en haut du piédestal, un jeune novice de 30 ans sans expérience, et avec un cursus scolaire des plus cahoteux, comme grand favori pour le poste de président de la République. Jordan Bardella, pur produit des réseaux sociaux et de la presse de la fachosphère, est ainsi accrédité des meilleures intentions de vote dans la quasi-totalité des sondages.
Ce façonnage par le bas de l’opinion publique et le rôle de plus en plus marquant des influenceurs, souvent au niveau intellectuel des plus limités, explique le fait de trouver aujourd’hui, et sûrement encore demain, des leaders politiques dans les pays occidentaux de plus en plus médiocres et sans réel bagage intellectuel. Et c’est ce qui explique aussi, en grande partie, pourquoi le monde d’aujourd’hui devient de plus en plus incertain, mal géré et au bord du chaos général.

Par Abdelmadjid Blidi

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