Restauration de la Mosquée du Pacha : une restauration toujours en attente
Le 22 juin 2007, il y a dix-neuf ans jour pour jour, les autorités locales annonçaient en grande pompe l’arrivée à Oran de deux experts américains spécialisés dans la restauration des monuments historiques. Leur mission devait marquer le point de départ d’un ambitieux programme de consolidation et de réhabilitation de deux joyaux du patrimoine religieux de la vieille ville, dont la célèbre mosquée du Pacha, édifiée en 1797 au cœur du quartier historique de Sidi El Houari.
Pendant plus d’une semaine, les deux spécialistes, venus de Chicago, multiplièrent les investigations, les relevés techniques et les inspections des structures gravement fragilisées par les décennies d’abandon. La communication officielle de l’époque n’hésitait pas à rappeler qu’ils avaient participé à des restaurations prestigieuses à travers le monde, évoquant notamment la Tour de Pise et d’autres monuments historiques de renommée internationale. L’opération semblait annoncer un tournant décisif dans la sauvegarde du patrimoine oranais.
La suite appartient malheureusement à cette longue chronique des promesses sans lendemain qui accompagne depuis plusieurs décennies la gestion du patrimoine historique d’Oran. Deux ans plus tard, le projet de restauration de la mosquée du Pacha était discrètement absorbé dans un programme plus vaste consacré au Palais du Bey, lui aussi victime d’une lente dégradation provoquée par le temps, les infiltrations d’eau et l’absence chronique d’entretien. Une nouvelle fois, les annonces furent nombreuses, les études abondantes, les visites officielles répétées… mais les travaux, eux, demeurèrent invisibles. La mosquée fut progressivement fermée aux fidèles comme aux visiteurs, tandis que son état continuait de se détériorer dans une indifférence presque institutionnalisée. Depuis lors, les responsables et gestionnaires locaux se sont succédé, les assemblées locales ont été renouvelées à plusieurs reprises, et les animateurs du secteur de la culture et du patrimoine ont changé les uns après les autres. Pourtant, le monument demeure prisonnier d’un interminable chantier administratif qui semble ne jamais parvenir au stade de la réalisation. Comment expliquer un tel enlisement? La question mérite aujourd’hui d’être posée avec franchise.
Les raisons invoquées au fil des années n’ont cessé de varier : complexité technique du chantier, absence de financement, études complémentaires, difficultés de coordination entre les différents intervenants, contraintes liées au classement patrimonial, recherche de partenaires étrangers, puis révision des projets. Autant d’explications qui, mises bout à bout, finissent par masquer une réalité beaucoup plus préoccupante : l’absence d’une véritable gouvernance du patrimoine historique. Car la restauration d’un monument comme la mosquée du Pacha ne relève pas seulement d’un chantier de bâtiment. Elle suppose une chaîne de responsabilités clairement identifiées, une programmation financière stable, une maîtrise d’ouvrage efficace, une expertise scientifique permanente et, surtout, une volonté politique capable d’assurer la continuité des décisions au-delà des changements de responsables administratifs.
Or c’est précisément cette continuité qui a toujours fait défaut. Cette situation est d’autant plus préoccupante que chaque année qui passe accroît le coût de la restauration. Les infiltrations, l’humidité, les mouvements des structures et le vieillissement des matériaux aggravent continuellement les désordres.
Par S.Benali