Oran Aujourd'hui
La ville face au défi de l’entretien et de la maintenance durable
La ville face au défi de l’entretien et de la maintenance durable
Il y a des villes où les monuments racontent l’histoire. À Oran, ce sont souvent les chantiers qui racontent le temps. On les croise à chaque détour d’une avenue. Une chaussée éventrée ici, un trottoir flambant neuf là, une place publique métamorphosée, quelques arbres fraîchement plantés, des ouvriers qui s’affairent sous le soleil d’août, des engins qui grondent comme pour convaincre les plus sceptiques que la ville est bel et bien en mouvement. Et il serait faux et injuste de prétendre le contraire. Depuis plusieurs mois, les visites de terrain du wali se succèdent. Les entreprises sont rappelées à leurs obligations, les délais raccourcis, les retards dénoncés, les projets suivis avec davantage de rigueur. Les services techniques semblent avoir retrouvé le chemin des quartiers. L’action est visible. Elle mérite d’être reconnue.
Les Oranais, qui savent aussi être de bonne foi, voient bien que quelque chose bouge. Mais à mesure que les grues s’élèvent, une autre question lancinante grandit. Pourquoi avons-nous le sentiment que notre ville construit sans jamais parvenir tout à fait à achever son propre apprentissage de la durée ? Car le vrai chantier d’Oran n’est peut-être pas celui que l’on aperçoit derrière les barrières métalliques. Le vrai chantier est invisible. C’est celui de la permanence. Nous savons lancer des travaux et inaugurer des réalisations. Nous savons annoncer des programmes ambitieux. En revanche, nous peinons encore à installer cette culture discrète, presque silencieuse, qui distingue les villes durablement administrées : celle de l’entretien et de la maintenance urbaine.
Il suffit de laisser passer quelques saisons hivernales et le trottoir neuf devient un lieu de stationnement improvisé. Le massif fleuri se transforme en terrain poussiéreux. Le banc public perd une latte. Le lampadaire cesse d’éclairer. Le panneau de signalisation est abîmé ou disparaît. Les mêmes promesses renaissent comme si la ville vivait dans un éternel recommencement.
Cette étrange impression n’est pas le résultat d’un manque de volonté. Elle est souvent la conséquence d’une accumulation de contraintes : marchés publics complexes, entreprises défaillantes, coordinations imparfaites entre concessionnaires, budgets parfois insuffisants pour assurer un entretien permanent, mais aussi comportements inciviques qui dégradent en quelques semaines ce que plusieurs mois de travaux avaient permis de restaurer. Il serait encore une fois injuste et trop facile de faire porter toute la responsabilité sur les gestionnaires.
Il serait tout aussi injuste d’absoudre totalement les citoyens. Chaque déchet jeté sur un trottoir fraîchement nettoyé, chaque arbre mutilé, chaque espace vert transformé en parking, chaque mobilier urbain vandalisé finit par coûter à la collectivité ce qu’elle aurait préféré investir ailleurs. Une ville ne s’abîme jamais toute seule.
Elle s’use autant par les négligences administratives que par les renoncements civiques. Et pourtant, Oran possède aujourd’hui des raisons d’espérer.Les responsables locaux semblent avoir compris que les citoyens ne jugent plus uniquement les annonces, mais les résultats. Les visites de terrain se multiplient, les entreprises sont sommées de respecter leurs engagements, les opérations longtemps en souffrance sont relancées, tandis que plusieurs projets d’aménagement retrouvent progressivement un rythme plus soutenu. C’est un changement qu’il faut saluer et encourager. Parce que gérer la ville, ce n’est pas seulement ouvrir des chantiers.
C’est aussi et surtout empêcher qu’ils redeviennent un jour nécessaires à lancer une seconde fois au même endroit. La modernité ne se mesure pas au nombre de kilomètres de bitume coulés chaque année. Elle se mesure au nombre de kilomètres qui résistent dix ans plus tard. Une ville moderne n’est pas forcément celle où les grues travaillent sans relâche.
C’est celle où les services d’entretien travaillent si efficacement que les grues deviennent presque inutiles. Il s’agit de prévoir plutôt que de subir. D’entretenir plutôt que de reconstruire.
Car la bonne gestion consiste aussi à protéger ce qui existe déjà. Le jour où Oran ne sera plus connue que pour l’ampleur de ses chantiers mais pour la longévité de ses réalisations, la ville aura franchi un cap décisif. Ce jour-là, les rubans des inaugurations n’auront plus la même importance. Les grues pourront enfin s’effacer de l’horizon, laissant place à ce qui fait la véritable grandeur d’une cité : non pas seulement ce qu’elle a construit, mais tout ce qu’elle a su préserver.
Les Oranais, qui savent aussi être de bonne foi, voient bien que quelque chose bouge. Mais à mesure que les grues s’élèvent, une autre question lancinante grandit. Pourquoi avons-nous le sentiment que notre ville construit sans jamais parvenir tout à fait à achever son propre apprentissage de la durée ? Car le vrai chantier d’Oran n’est peut-être pas celui que l’on aperçoit derrière les barrières métalliques. Le vrai chantier est invisible. C’est celui de la permanence. Nous savons lancer des travaux et inaugurer des réalisations. Nous savons annoncer des programmes ambitieux. En revanche, nous peinons encore à installer cette culture discrète, presque silencieuse, qui distingue les villes durablement administrées : celle de l’entretien et de la maintenance urbaine.
Il suffit de laisser passer quelques saisons hivernales et le trottoir neuf devient un lieu de stationnement improvisé. Le massif fleuri se transforme en terrain poussiéreux. Le banc public perd une latte. Le lampadaire cesse d’éclairer. Le panneau de signalisation est abîmé ou disparaît. Les mêmes promesses renaissent comme si la ville vivait dans un éternel recommencement.
Cette étrange impression n’est pas le résultat d’un manque de volonté. Elle est souvent la conséquence d’une accumulation de contraintes : marchés publics complexes, entreprises défaillantes, coordinations imparfaites entre concessionnaires, budgets parfois insuffisants pour assurer un entretien permanent, mais aussi comportements inciviques qui dégradent en quelques semaines ce que plusieurs mois de travaux avaient permis de restaurer. Il serait encore une fois injuste et trop facile de faire porter toute la responsabilité sur les gestionnaires.
Il serait tout aussi injuste d’absoudre totalement les citoyens. Chaque déchet jeté sur un trottoir fraîchement nettoyé, chaque arbre mutilé, chaque espace vert transformé en parking, chaque mobilier urbain vandalisé finit par coûter à la collectivité ce qu’elle aurait préféré investir ailleurs. Une ville ne s’abîme jamais toute seule.
Elle s’use autant par les négligences administratives que par les renoncements civiques. Et pourtant, Oran possède aujourd’hui des raisons d’espérer.Les responsables locaux semblent avoir compris que les citoyens ne jugent plus uniquement les annonces, mais les résultats. Les visites de terrain se multiplient, les entreprises sont sommées de respecter leurs engagements, les opérations longtemps en souffrance sont relancées, tandis que plusieurs projets d’aménagement retrouvent progressivement un rythme plus soutenu. C’est un changement qu’il faut saluer et encourager. Parce que gérer la ville, ce n’est pas seulement ouvrir des chantiers.
C’est aussi et surtout empêcher qu’ils redeviennent un jour nécessaires à lancer une seconde fois au même endroit. La modernité ne se mesure pas au nombre de kilomètres de bitume coulés chaque année. Elle se mesure au nombre de kilomètres qui résistent dix ans plus tard. Une ville moderne n’est pas forcément celle où les grues travaillent sans relâche.
C’est celle où les services d’entretien travaillent si efficacement que les grues deviennent presque inutiles. Il s’agit de prévoir plutôt que de subir. D’entretenir plutôt que de reconstruire.
Car la bonne gestion consiste aussi à protéger ce qui existe déjà. Le jour où Oran ne sera plus connue que pour l’ampleur de ses chantiers mais pour la longévité de ses réalisations, la ville aura franchi un cap décisif. Ce jour-là, les rubans des inaugurations n’auront plus la même importance. Les grues pourront enfin s’effacer de l’horizon, laissant place à ce qui fait la véritable grandeur d’une cité : non pas seulement ce qu’elle a construit, mais tout ce qu’elle a su préserver.
— Par S.Benali