Oran Aujourd'hui

Les réunions de suivi et d’évaluation de l’avancement des projets…

Les réunions de suivi et d’évaluation de l’avancement des projets…

À Oran, il existe une nouvelle discipline administrative intitulée «la réunion de suivi». On y évalue l’état d’avancement des projets. On y comptabilise les retards. On y rappelle les délais contractuels. On y exhorte les responsables à accélérer les réalisations. On y exige la clôture des opérations terminées. Bref, on y remet la montre à l’heure. La démarche mérite d’être saluée. Depuis plusieurs semaines, le chef de l’exécutif de la wilaya imprime manifestement un nouveau rythme à la gestion locale. Les réunions se succèdent. Les services sont rappelés à leurs obligations. Les directeurs sont invités à lever les blocages administratifs. Les présidents d’APC sont appelés à mieux suivre leurs projets. Les investissements publics ne doivent plus dormir dans les tiroirs mais se traduire en réalisations visibles pour le citoyen.
C’est précisément ce que les Oranais réclament depuis longtemps. Car le citoyen ne juge pas un programme à son inscription budgétaire. Il le juge lorsqu’il emprunte une route enfin réparée. Lorsqu’il retrouve un trottoir praticable. Lorsqu’un jardin redevient un jardin. Lorsqu’un quartier historique cesse de s’effondrer. Lorsqu’une école ouvre effectivement ses portes. Lorsqu’un chantier disparaît enfin du paysage. La ville, elle, ne lit pas les procès-verbaux des réunions. Elle lit les façades. Les chaussées. Les trottoirs. Les lampadaires. Les arbres. Les places publiques. Les regards des habitants. C’est là que se trouve le véritable bulletin de notes d’une gestion locale. Le paradoxe est pourtant frappant.
Si aujourd’hui l’on insiste autant sur les délais, c’est précisément parce que ces délais ont trop souvent cessé d’exister. Oran est devenue experte dans une étrange temporalité. Les projets y sont annoncés rapidement. Ils démarrent plus difficilement. Ils ralentissent souvent discrètement. Puis parfois même ils disparaissent derrière des palissades devenues permanentes. Le citoyen finit par oublier leur existence. Jusqu’au jour où une nouvelle réunion décide de les relancer. Et l’histoire recommence. Notre ville n’a jamais réellement souffert d’un manque d’idées. Elle souffre davantage d’un manque de continuité. Les responsables changent, parfois trop rapidement. Les priorités évoluent. Les programmes se rebaptisent. Les inaugurations se succèdent. Mais certaines blessures urbaines demeurent exactement au même endroit. On peut même dire que chaque Oranais possède sa propre liste: Un espace vert abandonné.
Une route jamais terminée. Une place publique oubliée. Un bâtiment historique condamné. Une bouche d’égout remplacée par un vieux pneu. Un immeuble qui attend depuis des années une restauration devenue presque légendaire. Ces petits renoncements quotidiens finissent par fabriquer une lassitude collective. Le plus inquiétant n’est d’ailleurs pas le retard lui-même. C’est l’accoutumance au retard. Lorsqu’un chantier dure cinq ou dix ans, plus personne ne s’en étonne. Lorsqu’une rue reste éventrée pendant des mois, chacun finit par contourner l’obstacle. Lorsqu’un équipement public demeure fermé après son inauguration, on s’habitue à vivre sans lui. La ville apprend à composer avec ses propres dysfonctionnements. Comme si l’exception devenait la règle. C’est précisément contre cette banalisation que les pouvoirs publics tentent de lutter. Les réunions de coordination ont évidemment leur utilité. Encore faut-il qu’elles produisent autre chose que des comptes rendus. Le citoyen n’attend plus un diagnostic. Il attend une guérison. Il ne réclame pas davantage d’explications. Il réclame davantage de résultats. Les récents rappels à l’ordre adressés aux entreprises défaillantes dans les chantiers routiers vont dans ce sens. Ils traduisent une volonté de restaurer l’autorité publique et d’imposer le respect des engagements contractuels.
Là encore, l’intention mérite d’être encouragée. Mais elle sera véritablement jugée lorsque les délais seront enfin tenus et que les rues concernées auront retrouvé leur pleine fonctionnalité. Cette exigence devrait désormais concerner l’ensemble des politiques locales. Le patrimoine. Les équipements sportifs. Les espaces verts. La circulation. Les réseaux d’assainissement. Les transports. Les quartiers historiques. Des domaines souffrent de différents déficits de gestion, d’entretien et de suivi. Et quelques années plus tard, on lance un nouveau programme pour réparer ce que l’on avait déjà réalisé.
Dans cette logique, le véritable développement ne consiste pas seulement à multiplier les projets. Il consiste surtout à préserver ceux qui existent déjà. Une ville moderne n’est pas celle qui construit sans cesse. C’est celle qui vieillit bien. Oran possède aujourd’hui toutes les cartes pour réussir cette mutation. Des financements existent. Les compétences existent. La volonté politique s’affirme davantage. Encore faut-il transformer cette dynamique en culture durable de responsabilité.
Au fond, les Oranais ne demandent pas des miracles.Ils demandent simplement que les projets aient enfin une fin. Et peut-être qu’un jour les réunions de suivi deviendront inutiles parce que chacun accomplira naturellement et convenablement sa mission. Ce sera alors le plus beau des projets de développement qu’Oran aura jamais réussi.
— Par S.Benali

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