Sidi El Houari : un long parcours d’études de projets de réhabilitation trop souvent interrompus
La semaine dernière, le wali a pris la décision d’installer une commission spéciale de suivi de la mise en œuvre d’un «plan de sauvegarde» du vieux quartier historique récemment présenté par la direction de la culture et le bureau d’études désigné. Le wali a insisté sur la nécessité de terminer la dernière phase de cette étude devant permettre de dégager les solutions appropriées pour classer et «faire le tri» entre les immeubles devant être préservés et ceux qui doivent être démolis.
Dans ce cadre, il a procédé à l’installation de cette commission qui aura pour mission «le suivi et l’achèvement de l’étude dans les plus brefs délais». Il est utile de rappeler qu’en novembre dernier, une rencontre a été organisée par le wali, regroupant tous les acteurs concernés, afin d’examiner l’état des immeubles situés dans cette zone urbaine protégée qui s’étend sur une superficie de plus de 70 hectares. Le wali avait insisté sur l’urgence et la nécessité d’engager des mesures appropriées pour «protéger les citoyens du danger, et préserver ce qui peut être sauvé du patrimoine historique de ce quartier». On sait aujourd’hui que tous les experts et historiens de l’urbanisme pointent du doigt la longue série de tentatives avortées qui ont été menées depuis plus de cinquante ans pour la sauvegarde et la réhabilitation du vieux quartier historique d’Oran.
Des études lancées sans aucune mise en œuvre sérieuse et durable jusqu’à ces dix dernières années. Les Oranais, parmi les plus âgés, se souviennent qu’au début des années 1970, un grand projet de réhabilitation d’un montant annoncé de plus de 4 milliards DA avait été évoqué. Mais il s’est peu à peu enlisé et enseveli au fil des années dans les aléas et les turpitudes du vieux système de gestion axé sur le laxisme, l’incompétence et la prédation. Durant les années 80 et 90 quelques universitaires, architectes et membres d’associations de protection du patrimoine ont produit des études, ou plutôt des plaidoyers en faveur de la conservation et de la réhabilitation du quartier. Des propositions de projets qui n’ont pas trouvé de traduction administrative officielle, solide et efficace.
Au début des années 2 000, des diagnostics et des études de réhabilitation censées inclure tout le quartier de Sidi El Houari, ont été menées, notamment par l’OPGI et plusieurs bureaux d’études, mais ne concernant surtout que des dizaines de bâtiments inscrits au vieux bâti. En 2015, le quartier a été déclaré par décret exécutif, « secteur sauvegardé » ce qui allait donner un cadre légal à un projet de réhabilitation, mais pas à un plan d’exécution complet détaillant les opérations de restauration.
Des études pour un «plan de sauvegarde» ont été souvent annoncées, mais n’ont pas été relancées après des années d’interruption pour diverses raisons: gel financier, changements de gestionnaires, lenteurs et échecs des procédures d’appels d’offres aux bureaux d’études spécialisés. Selon un mémoire de fin d’études d’un architecte “plus d’une centaine d’études et de diagnostics spécialisés ont été engagés depuis les années 1970 à ce jour, incluant des projets internes à l”administration (OPGI et wilaya), des mémoires universitaires, des diagnostics techniques et des études d’aménagement urbain signées par différents acteurs ». Ainsi de nombreux projets de plans directeurs ont été concoctés par le passé, mais aucun n’a été pleinement exécuté par manque de suivi continu et de juste définition et priorisation des objectifs.
En attendant, de nombreux immeubles à risque d’effondrement ont été évacués et démolis, parfois même contre l’avis de militants pour la préservation du patrimoine, réduisant l’urgence de la «sauvegarde patrimoniale pure» à une simple logique de démolition et de reconstruction. On ne peut aujourd’hui qu’espérer et souhaiter que le nouvel élan de gestion du vieux bâti de Sidi El Houari engagé depuis ces trois dernières années puisse être concrétisé avec succès afin de sauver ce quartier des risques d’effacement mémoriel et d’effritement total de ce qui reste encore du patrimoine urbain historique.
Par S.Benali