EDITO

Saha Ramdankoum !

Le mois consacré à la piété débute aujourd’hui. Mais c’est aussi traditionnellement celui de la surconsommation. Cela peut évidemment sembler incongru. Sauf que cette dualité a de tout temps rythmé la vie des Algériens pendant ce mois béni que tous chérissent. Les gens de religion insistent sur les vertus spirituelles du Ramadhan. Ils ont bien raison. Ils sont, faut-il le souligner, moins bien écoutés lorsqu’ils pointent les appétits boulimiques qui s’emparent des Algériens à l’approche de l’iftar. Il est visiblement difficile pour les jeûneurs que nous sommes de passer outre l’appel du ventre. Mais cette propension à la surconsommation n’enlève rien à la dévotion des Algériens.
Après ces journées de jeûne, la part du spirituel est sauvegardée. Des mosquées pleines, les Tarawihs attirent un grand monde. Mais dans le même temps, l’après iftar ne se résume pas à la prière. Les soirées ramadhanesques s’étirent jusqu’au bout de la nuit, entre cafés et salles où l’on savoure des récitals, des spectacles, et parfois des échanges qui n’ont pas d’autre cadre que celui de la communauté. Cette diversité d’usages révèle une Algérie qui vit le Ramadhan comme une part de sa propre identité: festive, spirituelle et aussi consommatrice. En somme, le mois sacré devient une occasion profonde de réévaluer ce que signifie, pour chacun, être musulman tout en restant un citoyen qui participe au foisonnement culturel et social de son pays.
La société fait du Ramadhan une expérience spirituelle et cultuelle largement partagée. Cette mise en scène collective peut sembler paradoxale, mais elle témoigne d’un désir sincère de faire du sacré une expérience accessible et humaine. Nombreux sont ceux qui notent que ce mois révèle des gestes de tolérance et d’ouverture envers l’étranger.
Et rien n’indique que cette année fera exception. Le mois de Ramadhan, comme dans les années passées, s’inscrit dans une continuité, celle d’un savoir-vivre partagé, d’une solidarité qui se manifeste à la fois dans le respect des rites et dans l’attention portée aux plus démunis, dans la convivialité des repas de rupture et dans la curiosité envers l’autre. L’année de 2026 du Ramadhan, elle aussi, promet de rester fidèle à cette tradition : un espace où se mêlent pratique religieuse et engagement civique, où l’intensité du jeûne coexiste avec la générosité des gestes et la réflexion collective.
Au final, le Ramadhan demeure une expérience vivante, évolutive, marquée par une interaction complexe entre spiritualité, culture et société de consommation. C’est peut-être là que réside sa force. Ce mois pour sacré qu’il est, conserve une magnifique capacité à réunir, autour d’un temps, des mondes qui s’ignorent souvent. On parle là du religieux, du culturel et du social. Cela pour construire, pas à pas, une forme de vivre ensemble qui résiste aux assauts de l’extrémisme et qui préfère l’écoute, le partage et la continuité des traditions. Saha Ramdankoum !

Par Nabil.G

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