Hôpitaux et laboratoires : où finissent les déchets médicaux ?
L’important dossier de la gestion des déchets d’activités de soins à risque infectieux (DASRI) a fait l’objet, la semaine dernière, au Centre hospitalo-universitaire d’Oran, d’une session de formation réunissant les cadres et les agents chargés de l’hygiène hospitalière. Cette action s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de santé et d’environnement visant à améliorer la gestion des déchets hospitaliers et à renforcer les mesures de prévention des risques sanitaires. Organisée par le service de médecine préventive et d’épidémiologie du CHU d’Oran, cette rencontre a porté sur l’explication du protocole national de contrôle ainsi que sur l’harmonisation des méthodes d’évaluation. L’objectif affiché est de garantir une application rigoureuse des procédures de tri, de collecte et de traitement des déchets médicaux à risque infectieux, conformément à la réglementation en vigueur.
Cette session de formation organisée au CHU d’Oran sur la gestion des déchets d’activités de soins à risque infectieux constitue sans aucun doute une initiative utile. Mais elle soulève surtout une question essentielle : que devient réellement l’immense quantité de déchets médicaux produite chaque jour par les hôpitaux, les établissements de santé de proximité, les laboratoires d’analyses, les cabinets médicaux, les centres de soins dentaires et les dizaines de cliniques privées que compte aujourd’hui la wilaya d’Oran ? Car derrière les actions localisées et les sessions de sensibilisation se cache une réalité beaucoup moins rassurante.
Les déchets médicaux constituent l’une des formes les plus dangereuses de pollution urbaine. Seringues usagées, compresses souillées, poches de sang, déchets biologiques ou encore matériels contaminés peuvent devenir de véritables vecteurs de maladies lorsqu’ils échappent aux filières réglementaires de collecte et de traitement.
Le problème est d’autant plus préoccupant que la carte sanitaire de la wilaya d’Oran s’est considérablement développée ces vingt dernières années. De nouvelles cliniques privées ont vu le jour, les structures de santé se sont multipliées et l’activité médicale connaît une croissance continue. Pourtant, les interrogations demeurent nombreuses sur la traçabilité réelle des déchets produits quotidiennement par l’ensemble de ces établissements. Combien de tonnes de déchets médicaux à risque infectieux sont générées chaque année à Oran ? Quelle part est effectivement collectée, transportée et traitée selon les normes réglementaires ? Quels contrôles sont exercés sur les producteurs de ces déchets ? Combien d’établissements font l’objet d’inspections ? Autant de questions auxquelles les citoyens anonymes ne peuvent pas encore obtenir des réponses claires. Sur le terrain, les témoignages faisant état de pratiques insuffisamment maîtrisées ne manquent pas.
Dans certains établissements, le tri à la source demeure perfectible. Ailleurs, les espaces de stockage provisoire ne répondent pas toujours aux exigences requises. Plus inquiétant encore, le risque de mélange entre déchets médicaux dangereux et déchets ménagers ordinaires n’a pas encore totalement disparu, malgré les efforts indéniables engagés ces dernières années. Le danger ne concerne pas uniquement les patients ou le personnel soignant. Il menace également les agents de nettoyage, les éboueurs, les récupérateurs informels de déchets et, au final, l’ensemble de la population. Une simple aiguille contaminée abandonnée dans un circuit inapproprié peut avoir des conséquences sanitaires dramatiques. Quant aux rejets incontrôlés dans l’environnement, ils constituent une menace permanente pour les sols, les nappes phréatiques et les écosystèmes.
La récente initiative du CHU d’Oran rappelle finalement une évidence: la gestion des déchets médicaux ne doit plus être considérée comme une question technique secondaire. Elle relève directement de la santé publique, de la protection de l’environnement et de la sécurité des citoyens.
Par S.Benali