Oran Aujourd'hui

Vers la fin des abus et infractions aux règles commerciales élémentaires ?

Comme chaque été les autorités multiplient les opérations de contrôle, rappellent les textes réglementaires, la fermeté contre les dépassements tarifaires et les pratiques commerciales illicites. Les visites de terrain se succèdent, les consignes sont claires, les communiqués rassurants. Pourtant, quelques jours suffisent pour que les mauvaises habitudes reprennent le dessus. Le phénomène dépasse aujourd’hui le simple cadre des plages. Il s’est progressivement installé dans le quotidien des Oranais au point de devenir presque ordinaire.
Le café, dont le prix est réglementé est servi parfois 50 dinars selon les établissements. Le thé atteint parfois les 100 dinars. Les boissons fraîches, les bouteilles d’eau, les pâtisseries ou les glaces suivent la même logique, avec des marges qui semblent davantage dictées par l’affluence estivale que par les coûts réels. Les explications avancées prêtent parfois à sourire. Ici, on invoque le service à table.
Là, le coût du gobelet en carton ou quelques morceaux de sucre supplémentaires. Pourtant, les prix pratiqués par les torréfacteurs n’ont pas connu d’augmentation significative et les commerçants eux-mêmes reconnaissent que ces éléments ne justifient nullement de telles hausses. La vérité est sans doute plus simple : l’été est perçu comme une période où le consommateur paiera quoi qu’il arrive. Cette logique ne s’arrête pas aux cafétérias. Elle se retrouve dans certains parkings improvisés, dans les commerces situés à proximité des plages, parfois même dans des prestations qui devraient rester gratuites.
Chaque vacancier devient alors un client captif dont on cherche à maximiser la dépense. C’est précisément contre cette dérive que les autorités locales tentent d’agir. Lors de sa récente visite à la plage des Andalouses, le wali d’Oran a rappelé avec fermeté que l’accès à la plage devait rester entièrement gratuit. Il a insisté sur la mise à disposition sans contrepartie financière des parasols, tables et chaises, tout en exigeant une organisation transparente des parkings et l’interdiction de toute perception illicite. La Gendarmerie nationale a également été appelée à renforcer les contrôles afin de lutter contre l’occupation illégale du domaine public maritime et contre toutes les formes d’exploitation abusive des estivants.
Ces mesures vont incontestablement dans la bonne direction. Mais elles soulèvent une interrogation plus profonde. Pourquoi faut-il répéter chaque année les mêmes rappels ? Pourquoi certaines règles, pourtant connues de tous, ne semblent s’appliquer qu’au moment où les contrôleurs sont présents ? Le problème est peut-être moins juridique que culturel.
Nous avons progressivement banalisé la petite entorse à la réglementation. Quelques dinars de plus sur un café. Une place de stationnement transformée en parking payant. Un prix affiché qui change selon la tête du client ou la saison. Pris isolément, ces écarts paraissent anodins.
Additionnés, ils finissent par construire un environnement où l’irrégularité devient la norme. Cette banalisation produit des effets bien plus importants que la simple perte de pouvoir d’achat. Elle fragilise la confiance. Pour une ville qui ambitionne de développer son attractivité touristique, cette situation est loin d’être anodine. Le visiteur ne retiendra pas seulement la beauté du littoral ou la qualité des infrastructures.
Il se souviendra aussi du sentiment d’avoir été accueilli avec équité… ou d’avoir été considéré comme une simple source de profit. Le véritable défi consiste à faire comprendre que le respect des prix réglementés, de la transparence commerciale et des droits du consommateur n’est pas une contrainte administrative, mais une exigence de civisme économique.

Par S.Benali

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