Oran

Célébration du Mawlid Ennabaoui dans l’Ouest du pays : une fête, des traditions et une mémoire vivante

De Tlemcen à Mostaganem, en passant par Oran, Mascara, Relizane et Aïn Temouchent, entre autres, la célébration du Mawlid Ennabaoui se décline dans l’Ouest du pays à travers une multitude de coutumes, de pratiques, de chants, de mets et de rassemblements familiaux, donnant à cette célébration religieuse des couleurs propres à chaque région.

Si la célébration de la naissance du Prophète Mohamed (QSSSL) constitue un moment de ferveur religieuse partagé par tous, chaque wilaya y imprime une partie de son histoire et de son patrimoine. Dans certaines villes, les rues résonnent de chants religieux. Ailleurs, les familles se retrouvent autour de recettes transmises par les grands-mères, tandis que les zaouïas perpétuent des traditions spirituelles anciennes.

Cette diversité fait du Mawlid un véritable miroir du patrimoine immatériel de l’Ouest algérien, à l’instar de toutes les régions du pays, où la mémoire familiale et les pratiques collectives continuent de se transmettre malgré l’évolution des modes de vie.

A Mostaganem, «Tbouchir» fait revivre la mémoire du Mawlid

A Mostaganem, l’arrivée du Mawlid Ennabaoui fait revivre dans les ruelles de l’ancienne médina de Tidjdit une tradition profondément ancrée dans la mémoire locale : «Tbouchir», un cortège populaire qui donne à la célébration une atmosphère particulière.

Au fil des rues, les enfants vêtus de tenues traditionnelles occupent une place centrale dans la procession, accompagnés de leurs familles au rythme des chants religieux et des youyous. Depuis les maisons et les balcons, les habitants suivent le passage du cortège, tandis que l’eau de fleur est répandue sur les participants, selon une coutume transmise au fil des générations.

La scène mêle ainsi ferveur religieuse et ambiance familiale, avec les enfants au cœur d’une tradition qu’ils découvrent en la vivant, comme l’ont fait avant eux leurs parents et leurs grands-parents.

Le «Tbouchir» est également lié aux zaouïas de Mostaganem, où les célébrations du Mawlid donnent lieu à des séances de madih et de samaâ, contribuant à maintenir vivant un patrimoine spirituel et culturel profondément enraciné dans la région.

Au-delà du caractère festif de la procession, c’est donc une mémoire collective qui reprend vie chaque année dans les rues de Tidjdit. Les chants, les tenues, les gestes et les récits des anciens deviennent autant de passerelles entre les générations, faisant du Mawlid un moment privilégié de transmission du patrimoine local.

Tlemcen : le Mawlid, entre chedda, traditions culinaires et souvenirs de famille

A Tlemcen, le Mawlid Ennabaoui se vit aussi en famille, dans une ambiance où les traditions vestimentaires et culinaires occupent une place centrale. A l’occasion de cette fête, de nombreuses familles aiment habiller leurs enfants en tenues traditionnelles, notamment la chedda tlemcenienne, symbole emblématique du patrimoine vestimentaire de la ville.

Parés de leurs habits de fête, les enfants deviennent, le temps d’une soirée, les petits ambassadeurs d’un patrimoine transmis de génération en génération. Pour certaines familles, la célébration passe aussi par une halte chez le photographe, afin d’immortaliser ces moments et de conserver le souvenir de cette fête dans les albums familiaux.

Dans la capitale des Zianides, le Mawlid s’inscrit, par ailleurs, dans un environnement culturel marqué par un riche patrimoine religieux et musical. Les chants religieux, le madih et les rencontres spirituelles marquent cette célébration.

A Oran, les traditions familiales résistent au changement

A Oran, le Mawlid Ennabaoui conserve une forte dimension familiale, notamment dans les anciens quartiers où la célébration reste associée aux retrouvailles, aux préparatifs à la maison et à certaines traditions transmises par les parents et les grands-parents, un héritage transmis également par les arrières grands-parents.

A l’approche de la fête, les familles préparent plats et pâtisseries, taqnata (tamina), trid (ou rougag) et autres mets, sans parler du célèbre «berkoukes». Elles se réunissent autour d’une même table et renouent, pour certaines, avec les veillées accompagnées de chants religieux et de bougies, à la grande joie des enfants vêtus de tenues traditionnels, dessinant ainsi le décor qui fait savourer ce prestigieux moment.

Dans les quartiers populaires, les aînés évoquent encore les Mawlid Ennabaoui d’autrefois, lorsque voisins et familles partageaient davantage les préparatifs et les moments de convivialité.

Avec le temps, les habitudes ont cependant évolué. Aux pratiques traditionnelles se sont ajoutés de nouveaux usages, notamment l’utilisation prohibée de feux d’artifice et de produits pyrotechniques, particulièrement prisés par les enfants et les jeunes.

Entre traditions héritées et nouvelles pratiques, le Mawlid Ennabaoui continue ainsi de rythmer la vie des familles oranaises, demeurant avant tout une occasion de retrouvailles et de transmission, tout en reflétant les transformations des modes de célébration.

Les souvenirs des anciens racontent le Mawlid d’autrefois

A Mascara, Relizane ou encore les zones rurales de Sidi Bel-Abbes, la mémoire des générations âgées constitue une source précieuse pour comprendre l’évolution de la célébration.

Les récits des grands-parents évoquent les veillées familiales, les préparatifs, les plats confectionnés pour l’occasion et les chants qui accompagnaient autrefois les rassemblements.

Ces témoignages permettent de mesurer les changements intervenus au fil du temps, mais aussi de constater la sauvegarde de certaines pratiques, notamment la transmission des recettes et des habitudes familiales aux enfants et aux petits-enfants. Ainsi, d’une wilaya à l’autre, les formes changent, les pratiques s’adaptent et les générations se succèdent, mais demeure un même attachement à une célébration qui fait revivre, chaque année, une partie de la mémoire collective de l’Ouest algérien. La célébration du Mawlid Ennabaoui y apparaît ainsi moins comme une tradition figée que comme une mémoire vivante, constamment réinventée par ceux qui la reçoivent et la transmettent à leur tour.

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