Oran Aujourd'hui

Le défi de la modernisation et de la performance

Le défi de la modernisation et de la performance

Depuis plusieurs mois, les instructions du wali mettent systématiquement l’accent sur la propreté, l’hygiène, la préservation de l’environnement, la récupération des espaces publics et l’accélération des projets structurants. Les récentes campagnes de nettoyage lancées à travers plusieurs quartiers de la commune d’Oran illustrent cette volonté de replacer le cadre de vie au cœur de l’action publique. Cette dynamique mérite encore une fois d’être saluée. Car une ville comme Oran ne peut poursuivre son développement économique, touristique et urbain sans rétablir au préalable un minimum de discipline dans la gestion quotidienne de ses espaces publics.
L’amélioration de la qualité de vie n’est plus une question secondaire ; elle constitue désormais un défi et véritable indicateur de la performance des institutions locales. Cependant, entre les orientations affichées et leur traduction sur le terrain subsiste encore un fossé que les citoyens constatent chaque jour. Les campagnes de nettoyage produisent des résultats visibles, mais ceux-ci restent souvent temporaires. Quelques semaines suffisent parfois pour voir réapparaître les mêmes dépôts sauvages, les mêmes trottoirs encombrés, les mêmes atteintes au mobilier urbain. Cette situation ne traduit pas seulement un déficit de civisme mais révèle également les limites d’un mode de gestion encore axé sur les interventions ponctuelles plutôt que sur une organisation permanente et durable. Et c’est là précisément ou réside la difficulté.. Une opération exceptionnelle ne remplacera jamais un système de fonctionnement durable et efficace.
L’ordre urbain ne peut dépendre uniquement de campagnes périodiques ou de décisions prises dans l’urgence. Il suppose des mécanismes de suivi, des responsabilités clairement identifiées, des indicateurs d’évaluation et surtout une continuité dans l’action. Cette problématique apparaît également dans la conduite des projets publics. Les autorités locales exigent désormais des délais plus stricts et un contrôle accru de la qualité des réalisations. Les visites de terrain consacrées à la préparation de la rentrée scolaire, aux infrastructures touristiques ou aux équipements publics témoignent d’une volonté de renforcer la rigueur dans l’exécution des programmes. Mais là encore, certaines habitudes et mentalités résistent au changement. Les retards de livraison, les réévaluations successives, les modifications techniques en cours de réalisation ou les difficultés de coordination entre les différents intervenants demeurent des réalités récurrentes. Les exemples ne manquent pas de projets qui avancent par à-coups, alternant accélérations et longues périodes d’attente, au détriment de leur efficacité et de leur coût final.
La réussite d’un projet ne dépend pas uniquement des financements mobilisés, aussi importants soient-ils. Elle repose tout autant sur la qualité de la maîtrise d’ouvrage, sur la coordination des services concernés et sur la capacité des institutions à anticiper les obstacles avant qu’ils ne deviennent des blocages techniques, administratifs ou financiers. Les Assemblées populaires communales demeurent, dans ce domaine, le maillon le plus fragile de la chaîne. Malgré l’engagement de nombreux élus et cadres locaux, elles continuent de souffrir d’insuffisances organisationnelles, d’un manque de moyens humains qualifiés et parfois d’une culture administrative encore trop éloignée des exigences du management moderne. La proximité avec le citoyen, qui devrait constituer leur principal atout, ne produit pas toujours les effets attendus lorsque les capacités d’intervention restent limitées. L’enjeu dépasse donc la seule question de la propreté ou de l’entretien des espaces publics.
Il concerne la modernisation même de la gestion locale. Une ville de l’importance d’Oran ne peut être administrée uniquement par une succession d’instructions, aussi pertinentes soient-elles. Elle a besoin d’outils numériques de suivi, de tableaux de bord partagés, d’évaluations régulières des performances, d’une meilleure coordination entre les directions exécutives et les communes, mais aussi d’une responsabilisation effective de chaque gestionnaire. Les campagnes de sensibilisation, les associations de quartiers et les initiatives participatives doivent devenir des partenaires permanents de la gestion urbaine. Le véritable défi consiste désormais à transformer cette dynamique en une culture durable de performance publique.
Car une ville ne change pas seulement grâce aux budgets qu’elle mobilise ou aux chantiers qu’elle inaugure. Elle change lorsque les bonnes pratiques deviennent des réflexes, lorsque les institutions fonctionnent avec régularité et lorsque l’exigence de qualité s’impose naturellement à tous les niveaux de responsabilité. C’est à cette condition que l’ordre urbain cessera d’être une ambition régulièrement réaffirmée pour devenir enfin une réalité durable.
— Par S.Benali

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