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Un pays en lambeaux

Un pays en lambeaux

Blocus, poubelles enflammées, heurts avec les forces de l’ordre, interpellations par dizaines. Depuis plusieurs jours, des lycéens manifestent, parfois violemment, dans de nombreux départements français. Les images tournent en boucle, les éditorialistes s’indignent, le gouvernement promet de la fermeté. On s’attarde sur les débordements et l’on feint d’ignorer ce qu’ils révèlent.
Cette colère éclate dans un climat sociopolitique délétère. Depuis des mois, le débat public est saturé par un discours de haine que l’extrême droite distille avec constance. Rien n’est laissé au hasard dans la rhétorique fasciste. Stigmatisation des étrangers, des quartiers, des musulmans, désignation permanente de boucs émissaires. Ce poison, banalisé par des plateaux complaisants et repris en partie par une droite en quête de voix, façonne l’horizon d’une génération à qui l’on répète qu’elle est un problème avant d’être une chance. Dans les lycées, en particulier ceux des quartiers populaires et des territoires délaissés, ce sentiment de mépris nourrit la défiance envers toute institution.
Et voilà qu’à quelques mois de l’élection présidentielle, chaque camp s’empresse de transformer ces cortèges en munitions. La majorité accuse l’opposition d’« instrumentaliser » la colère des lycéens. L’opposition réplique que le pouvoir cherche à criminaliser la jeunesse pour faire oublier son bilan. À l’extrême droite, on réclame l’ordre et la répression, comme si la matraque tenait lieu de projet éducatif. Chacun jure défendre les jeunes, aucun ne semble les écouter. Les lycéens, eux, ne sont dupes de rien. On parle d’eux, jamais avec eux.
La France aborde ainsi, en bien fâcheuse posture, l’une des échéances les plus décisives de sa cinquième République. École délaissée, jeunesse en rupture, société fracturée, débat public intoxiqué, le pays est dans de sales draps. A quelques mois du scrutin, la question n’est plus seulement de savoir qui gouvernera, mais ce qu’il restera à gouverner quand la colère des lycéens, aujourd’hui dans la rue, aura trouvé d’autres chemins. L’Elysée soutiendrait de son côté que les moyens consacrés à l’Éducation nationale restent considérables et que les violences relèvent avant tout de l’ordre public.
Dans cette bataille pour le pouvoir, il n’y a visiblement pas de place à la sagesse, à l’analyse froide ou à la raison, dont les responsables politiques sont censés recourir face à une situation de grave crise. Au contraire, la jeunesse n’est plus un sujet dans le lexique des politiciens, elle est cette poubelle qu’on jette à la figure de l’adversaire. A croire que pour gérer les émeutes des jeunes, les politiques en créent de toutes pièces dans les salons et sur les plateaux de télévision. Pauvre France.
— Par Nabil.G

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