La gare multimodale : autopsie d’un projet urbain emblématique abandonné
Dans les métropoles contemporaines, la question de la mobilité constitue l’un des principaux indicateurs de la qualité de la gouvernance urbaine et de la planification territoriale. Les infrastructures de transport ne concernent pas la simple circulation des personnes, mais elles contribuent aussi à structurer la ville, à organiser les flux économiques et à participer à la cohésion territoriale. Dans ce contexte, les gares multimodales jouent un rôle central en assurant l’interconnexion entre plusieurs modes de transport (bus, tramway, train, taxis, métro).
À Oran, la deuxième grande ville du pays, cette ambition s’est matérialisée au début des années 2010 par le projet de gare multimodale de Sidi Maarouf , présenté comme un équipement structurant destiné à moderniser le système de mobilité urbaine. Pourtant, ce projet, malgré son importance stratégique, a été gelé en 2015 et n’a jamais été réalisé. Ce projet de gare multimodale, déjà oublié, reflète bien les limites structurelles de la gestion urbaine de la ville en pleine croissance. Le projet abandonné révèle une contradiction majeure dans le processus de développement d’Oran. Car tandis que la ville s’étale, que sa population augmente et que les flux de déplacement explosent, les infrastructures d’interconnexion et d’organisation de la mobilité ne suffisent pas, ou n’existent même pas.
La gare multimodale d’Oran évoquée en projet structurant devait devenir l’une des infrastructures les plus stratégiques de la ville. Située à l’entrée est de l’agglomération, à Sidi Maarouf, elle était pensée comme un hub de transport capable de connecter bus, tramway, taxis, trains et même le rêve de futur métro, dans un même espace présenté comme un projet structurant pour la mobilité métropolitaine.
L’équipement devait accueillir des centaines de milliers de voyageurs chaque jour et contribuer à désengorger un réseau de transport urbain sous grandes pressions. Mais plus de quinze ans plus tard, le projet n’existe toujours pas. Au-delà de son abandon, la gare multimodale d’Oran raconte le récit plus large d’une planification urbaine marquée par de grandes contraintes et difficultés à transformer les visions urbaines en réalisations concrètes. Selon les études réalisées, la gare devait accueillir jusqu’à 100 millions de voyageurs par an, et permettre de fluidifier les déplacements d’environ 260 000 voyageurs quotidiennement. Son coût était estimé à près de 800 milliards de centimes, ce qui témoigne de l’ampleur de l’infrastructure envisagée.
Le dossier avait pourtant reçu en 2013 un accord de principe, et avait été proposé comme priorité d’équipement dans les programmes budgétaires de 2014-2015. L’abandon de ce projet a contribué à maintenir à Oran, un système de transport urbain fragmenté et peu coordonné, marqué par plusieurs dysfonctionnements, générés notamment par l’absence d’un pôle d’échange central, ce qui empêche la création d’un véritable réseau intégré de mobilité urbaine.
Par S.Benali