Oran

Mois du patrimoine : quand le patrimoine devient création contemporaine

La wilaya d’Oran a ouvert une nouvelle séquence de valorisation culturelle en plaçant le patrimoine local au centre d’un dispositif mêlant recherche scientifique, expression artistique et sensibilisation citoyenne.

Organisée dans le cadre du mois du patrimoine, cette initiative ambitionne de renforcer la transmission de la mémoire urbaine et de rapprocher les citoyens, notamment les jeunes générations, de leur héritage historique.
L’un des temps forts de cette manifestation a été une exposition immersive installée dans la salle principale, conçue comme un parcours interactif inspiré de la cartographie urbaine et du jeu de piste. Cette scénographie contemporaine a offert au public une relecture sensible et innovante du patrimoine oranais, en combinant narration visuelle, approche esthétique et exploration mémorielle. Les visiteurs ont ainsi été invités à redécouvrir la ville sous un angle artistique renouvelé, mettant en dialogue passé et présent.
Dans la continuité de cette démarche, une conférence scientifique a été animée par le chercheur et guide touristique Ismaïl Ibn Youssef, qui a livré une analyse approfondie de l’histoire d’Oran dans ses dimensions multiples. L’intervenant a mis en avant la Casbah d’Oran comme un ensemble patrimonial structurant, regroupant près de 28 monuments historiques majeurs. Parmi les sites évoqués figurent notamment le Palais du Bey, le Fort de Santa Cruz, le Bastion du Grand Port ainsi que le Fort Rouge, qui date de 1341. Ces édifices constituent, selon lui, des repères fondamentaux de la mémoire urbaine et témoignent de la continuité historique de la ville. Au-delà du patrimoine matériel, l’exposé a insisté sur l’importance du patrimoine immatériel, composé des traditions, des pratiques sociales et des savoir-faire transmis de génération en génération. Cet héritage vivant participe activement à la construction de l’identité collective oranaise, en assurant la continuité des usages culturels et des formes de sociabilité propres à la région. Le conférencier a également attiré l’attention sur plusieurs espaces urbains emblématiques, à commencer par le quartier de Sidi El Houari, considéré comme l’un des plus anciens noyaux historiques d’Oran.
À travers ses ruelles et ses vestiges architecturaux, ce quartier illustre les différentes strates de l’évolution urbaine de la ville. L’intervention a également évoqué des édifices plus récents mais devenus symboliques, tels que l’Opéra d’Oran ou l’ancien Hôtel de Ville, toujours en activité et intégrés dans le tissu architectural contemporain. Dans le même cadre, le responsable de la communication et de l’information auprès de l’Office national des droits d’auteur et des droits voisins à Oran, Noureddine Touhami, a souligné le rôle stratégique de ce type d’initiatives dans la sensibilisation du public à la protection du patrimoine national. Il a rappelé que le mois du patrimoine constitue une opportunité essentielle pour renforcer le lien entre les citoyens et leur héritage culturel, en particulier auprès du jeune public. De son côté, le doyen de la Faculté des sciences humaines de l’Université d’Oran 1 Ahmed Ben Bella, le professeur Mohamed Bendjebour, a mis en lumière la place centrale d’Oran dans l’histoire culturelle et intellectuelle du pays. Il a évoqué un passé riche, marqué par la succession de plusieurs civilisations, notamment espagnole, ottomane et française, qui ont chacune laissé des empreintes visibles dans l’architecture et l’organisation urbaine de la ville. Dans cette dynamique, l’Université d’Oran 1, en partenariat avec l’Office national de la culture et de l’information, a lancé un programme d’activités scientifiques et culturelles comprenant conférences, ateliers de recherche et rencontres académiques. Ce dispositif vise à encourager la réflexion sur la préservation du patrimoine et à renforcer la conscience collective autour de sa valeur historique et sociale. Enfin, cette programmation, appelée à se poursuivre dans plusieurs communes de la wilaya, s’inscrit dans une stratégie globale de valorisation culturelle. Elle traduit la volonté des organisateurs de faire du patrimoine un levier de transmission intergénérationnelle, mais aussi un outil de cohésion sociale et de développement culturel durable, reliant intimement mémoire historique et création contemporaine.

Yacine Redjami

 

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