Oran Aujourd'hui

Sauvegarde de Sidi El-Houari : en attente d’un vrai passage à l’acte

L’annonce de la création d’une nouvelle commission spécialisée chargée d’assurer la coordination avec le bureau d’études chargé du plan de sauvegarde de Sidi El-Houari a suscité sur les réseaux sociaux plus d’interrogations que d’enthousiasme. À Oran, les habitants ont depuis longtemps appris à se méfier des effets d’annonce lorsqu’il s’agit du vieux quartier historique. Car derrière les discours , les réunions techniques et les plans successifs, la réalité du terrain demeure implacable: Sidi El-Houari continue de se dégrader année après année.
Depuis plus d’un demi-siècle, le quartier historique fait l’objet de promesses de restauration, de projets de réhabilitation, d’études urbanistiques et de programmes de sauvegarde dont beaucoup n’ont jamais dépassé le stade des intentions. Chaque nouvelle équipe dirigeante qui découvre le dossier, annonce sa volonté de préserver ce patrimoine, mais se heurte à son tour à d’inextricables contraintes et paradoxes de toutes natures conduisant à la relégation du dossier parmi les «instances» à transmettre aux successeurs qui le plus souvent reprendront les mêmes études, les mêmes diagnostics et parfois les mêmes conclusions. Pourtant, personne ne conteste la valeur historique, architecturale et symbolique de Sidi El-Houari. Berceau de l’ancienne Oran, ce quartier concentre plusieurs siècles d’histoire, des monuments uniques, des édifices religieux, des demeures anciennes et des vestiges qui racontent le passé complexe de la ville.
Mais pendant que les experts débattent de sa préservation, les murs s’effondrent, les toitures disparaissent et les habitants désertent les lieux, chassés par les risques et les conditions de plus en plus précaires. Le paradoxe est aujourd’hui devenu flagrant. D’un côté, les autorités affirment leur volonté de sauvegarder le patrimoine. De l’autre, elles sont confrontées à une urgence sécuritaire qui impose souvent la démolition de bâtiments menaçant ruine.
Entre l’impératif de conservation et la nécessité de protéger des vies humaines, les arbitrages deviennent de plus en plus difficiles. La polémique n’est d’ailleurs pas nouvelle.
Depuis des années, architectes, urbanistes, associations de défense du patrimoine et responsables administratifs s’opposent régulièrement sur le sort à réserver à certaines bâtisses. Faut-il restaurer à tout prix ? Faut-il démolir pour reconstruire ? Jusqu’où peut-on intervenir sans dénaturer l’âme du quartier ? Autant de questions qui restent souvent sans réponse claire alors que l’état du bâti continue de se détériorer.Le plus inquiétant demeure cependant le temps perdu. Des dizaines d’études ont été réalisées. Des expertises ont été financées. Des inventaires ont été dressés. Des plans de sauvegarde ont été annoncés à plusieurs reprises. Pourtant, le visiteur qui parcourt aujourd’hui les ruelles de Sidi El-Houari constate surtout l’ampleur des dégradations accumulées. Certaines bâtisses historiques ont déjà disparu.
D’autres ne subsistent plus qu’à travers quelques façades fragilisées.Dans ce contexte, la mise en place d’une nouvelle «commission spéciale» soulève une question légitime : que pourra-t-elle accomplir que les précédentes structures n’ont pas réussi à faire ? Le problème de Sidi El-Houari réside-t-il réellement dans l’absence de commissions, ou plutôt dans le déficit chronique de décisions concrètes, de financements durables, de suivi rigoureux et de volonté d’exécution ? Les Oranais n’attendent plus de nouveaux diagnostics sur l’état du quartier. Ils connaissent déjà la gravité de la situation. Ils attendent des chantiers visibles, des restaurations effectives, des opérations de confortement, des mécanismes de financement adaptés et une stratégie cohérente conciliant sauvegarde patrimoniale et sécurité publique. Car à force de repousser les décisions, le risque est grand de voir disparaître progressivement ce que l’on prétend vouloir protéger. Le véritable danger qui menace aujourd’hui Sidi El-Houari n’est plus seulement l’usure du temps ou les aléas naturels.
C’est aussi l’accumulation des retards, des hésitations et des procédures qui transforment chaque projet de sauvetage en interminable feuilleton administratif. Le drame serait qu’un jour il ne reste plus assez de patrimoine à sauver malgré l’abondance des études, des commissions et des promesses annoncées. Sidi El-Houari mérite mieux qu’une énième structure de coordination. Il mérite surtout un vrai passage à l’acte après le long culte des intentions.
Par S.Benali

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