Plaidoyer pour la relance des projets d’extension du tramway
Lors d’une session ordinaire de l’APW tenue en octobre 2024, il y a près deux ans, le wali alors en poste avait annoncé que «la mesure du gel sur le projet d’extension du tramway vers la zone de Belgaid a été levée et que le lancement des travaux est prévu pour l’année 2025». L’ancien responsable local avait expliqué que ce projet est d’une grande importance car il contribuera fortement au règlement de plusieurs problèmes de transport au niveau de cette zone d’habitat en pleine croissance abritant le complexe sportif olympique, le stade Miloud Hadefi et le nouveau pôle universitaire. Le wali alors en poste avait également exprimé son souhait de voir le tramway d’Oran bénéficier également d’un deuxième projet d’extension permettant de desservir l’aéroport international d’Oran. En réalité, ces deux projets d’extension du tramway d’Oran vers la zone est de la ville et vers l’aéroport étaient envisagés en deuxième phase avant même l’inauguration du premier tronçon du tramway. Lorsque le tramway d’Oran a été inauguré le 1er mai 2013, les Oranais y voyaient le symbole d’un basculement d’Oran vers le progrès et la modernité. Une ville longtemps livrée aux embouteillages, aux transports informels et à l’anarchie urbaine. Beaucoup, parmi les élites sociales et universitaires, disaient même que le tramway, avec ses rails neufs, ses stations lumineuses et ses rames climatisées, allait offrir à la cité une «colonne vertébrale moderne» permettant à Oran d’entrer dans une autre temporalité. Mais plus d’une décennie plus tard, la promesse plusieurs fois annoncée, notamment à l’approche des jeux méditerranéens, reste encore inachevée. La première ligne a certes relié Sidi Maarouf à Es-Sénia sur environ 18 km en passant par des pôles urbains importants tels que l’USTO, le centre-ville, des quartiers denses et deux universités. Le tramway a modifié certaines dynamiques commerciales le long du trajet tout en améliorant la mobilité sur une partie de l’axe est-ouest de la cité. Pourtant, dès l’origine, ces deux extensions majeures étaient déjà prévues et envisagées : l’une vers Belgaid , pôle universitaire et urbain en pleine expansion, et la seconde vers l’ aéroport Ahmed Ben Bella d’Es-sénia. Et c’est là qu’à débuté le récit d’un «gel» provocateur d’un malaise urbain. Le prolongement vers Belgaid aurait permis de desservir des milliers d’habitants et d’étudiants supplémentaires, d’accompagner l’urbanisation massive de l’est oranais et de structurer une croissance aujourd’hui presque compromise par l’anarchie et le désordre urbain. L’extension vers l’aéroport Es Sénia aurait, quant à elle, donné à Oran une dimension métropolitaine cohérente et un statut de ville touristique et économique connectée directement à sa porte d’entrée aérienne. Il se trouve que ces deux projets importants ont été gelés officiellement pour des contraintes budgétaires et une révision des priorités d’investissement. Mais pour bon nombre d’observateurs avisés, ce gel a été aussi le signe d’une planification fragmentée, car le tramway devait structurer la ville, mais la ville a continué à s’étendre sans lui. Belgaid est devenu un immense réservoir résidentiel et universitaire. L’aéroport a gagné en importance, notamment après les Jeux Méditerranéens de 2022. Et pourtant, la ville n’a pas encore bénéficié pour sa croissance de ce lien fort, structurant et durable tant souhaité. Jusqu’à quand?
Par S.Benali