L’immoralité des dominants
Les révélations qui déferlent autour de l’affaire Epstein ne disent pas seulement ce que cette figure rappelle de sordide. Elles dévoilent une mécanisation de l’impunité qui travaille dans l’ombre d’une mondialisation où l’élite, se prévalant des droits humains et de la démocratie, s’enracine dans des réseaux d’influence, d’argent et de privilèges. L’étonnement mouillé par les gros titres cache une constance plus inquiétante, à savoir que le discours sur les droits, la transparence et l’État de droit n’est pas une sérénade universelle, mais une performance destinée à légitimer une domination aussi cruelle que n’était l’esclavage ou la colonisation.
Osons une vérité que personne ne peut nier: Epstein n’est pas une exception. Son nom n’a pas été porté jusqu’aux sommets des cercles économiques et médiatiques par hasard. L’homme a répondu à une demande pressante des oligarques et de leurs serviteurs dans les arcanes du pouvoir mondialisé. D’autres Epstein ont été créés aux quatre coins de la planète. S’ils n’ont pas d’îles, ils disposent d’espace où les actes les plus vils s’exercent encore, au moment où s’écrivent ces lignes. Il ne faut pas croire que le scandale est unique. Ce serait trop facile.
En regardant les faits sans naïveté, on peut aisément deviner que ce qui se trame dans les cercles fermés du pouvoir de la politique et de l’argent est une pratique prioritairement occidentale. Cette civilisation qui a vendu aux peuples d’Afrique et d’ailleurs les prétendues vertus des droits de l’homme pour mieux les asservir, n’en a cure ! Les rouages du système qu’ils ont mis en place il y a de cela quelques siècles n’a pas changé. De l’époque de l’esclavage jusqu’à aujourd’hui, ces élites se sont clonées et continuent, aujourd’hui encore, à se comporter comme leurs ancêtres esclavagistes. Leur seul et véritable souci consiste à préserver des privilèges de castes. Ils pensent appartenir à celle des seigneurs qui croient avoir le droit de vie et de mort sur le reste de l’humanité. Vu de leur position, la démocratie est une marionnette. Elle parle, elle signe des pétitions, elle distribue des communiqués, mais elle n’avance pas. La raison est que Epstein et ses amis tiennent les clés de la prison.
En fin de compte, la vraie question n’est pas de savoir qui a tort et qui a raison. Le monde entier sait ce qui se trame. Les martyrs de Ghaza, les bombes sur la Syrie, les massacres au Nigeria, les coups d’Etat au Niger et au Mali sont le fait de cette caste qui ne reconnaît aucun droit aux être humains. Epstein a certes été un rappel brutal, à la raison. Mais cela suffit-il à changer le visage du monde ? Rien n’est moins sûr. Mais l’on aura tout de même appris que l’élite occidentale qui se flatte de défendre la démocratie et les droits de l’homme est un ramassis d’ordures.
Par Nabil.G