Oran Aujourd'hui

Oran face au défi du temps

Oran face au défi du temps

Depuis quelques mois, l’actualité oranaise est marquée par une succession d’annonces encourageantes, de visites de terrain, de réunions d’évaluation et d’opérations de remise en ordre qui témoignent d’une réelle volonté des pouvoirs publics de reprendre en main la gestion de la ville. Les campagnes de lutte contre les constructions illicites, l’amélioration de la propreté urbaine, la réhabilitation des routes, la sécurisation des plages, la modernisation des réseaux d’assainissement et d’éclairage, ou encore les efforts engagés pour préserver le patrimoine historique traduisent une dynamique nouvelle qui mérite encore une fois d’être saluée. Après des années où l’impression d’immobilisme, voire de régression, dominait souvent le débat public, les autorités locales donnent aujourd’hui le sentiment de vouloir accélérer le rythme vers le progrès.
Pourtant, derrière cette activité visible se profile une interrogation que de nombreux Oranais commencent à partager. La ville semble avancer à deux vitesses. D’un côté, les actions de proximité progressent avec une certaine efficacité. De l’autre, de grands projets structurants annoncés ces dernières années donnent déjà les premiers signes d’un essoufflement préoccupant. Comme si Oran demeurait prisonnière d’une étrange fatalité où les ambitions naissent rapidement mais peinent ensuite à franchir l’étape décisive de la concrétisation.
L’exemple de la Sebkha d’Oran est sans doute le plus révélateur. Présenté comme l’un des projets environnementaux les plus ambitieux de l’Ouest algérien, le vaste programme de réhabilitation de cette zone humide devait transformer un espace longtemps considéré comme un handicap écologique en un véritable laboratoire scientifique, environnemental et universitaire. L’idée d’y aménager une cité scientifique capable d’associer recherche, innovation, protection de la biodiversité et développement urbain avait suscité beaucoup d’espoir. Aujourd’hui, malgré les études réalisées et les annonces officielles, les Oranais attendent toujours les premiers signes tangibles d’un démarrage effectif. Le même constat s’impose pour les extensions du tramway. Leur prolongement vers les grands pôles urbains, universitaires et vers l’aéroport Ahmed Ben Bella devait accompagner l’expansion rapide de l’agglomération et réduire durablement les difficultés de circulation. Or, malgré les annonces répétées, les études actualisées et les déclarations optimistes, le calendrier semble continuellement repoussé. Pendant ce temps, les embouteillages gagnent chaque année de nouveaux quartiers et les besoins de mobilité continuent d’augmenter.
Le projet d’aménagement touristique le long de la pénétrante autoroutière menant au port constitue lui aussi une illustration de cette réalité. Cet axe exceptionnel, qui offre une vue spectaculaire sur la baie d’Oran, pouvait devenir une véritable vitrine urbaine, associant espaces verts, équipements de loisirs, belvédères, commerces et activités touristiques. Les intentions étaient prometteuses. Mais le terrain, lui, attend encore la traduction concrète de ces ambitions. Cette accumulation de projets ralentis nourrit naturellement les interrogations de l’opinion publique. Car les citoyens ne jugent pas uniquement les intentions. Ils évaluent surtout les résultats visibles. Une ville moderne se construit moins par la multiplication des annonces que par la capacité à respecter les calendriers annoncés. Il serait cependant injuste et trop facile d’attribuer ces retards à une simple défaillance administrative. La réalité est infiniment plus complexe. Les grands projets urbains mobilisent aujourd’hui des financements considérables dans un contexte budgétaire plus exigeant qu’auparavant. Ils supposent des procédures techniques, environnementales et foncières souvent longues, auxquelles s’ajoutent les contraintes des appels d’offres, les difficultés de coordination entre plusieurs secteurs, les révisions d’études, les autorisations réglementaires ainsi que les adaptations imposées par l’évolution des coûts des matériaux et des technologies.
Oran n’a pourtant plus le luxe du temps. Son développement démographique, son statut de deuxième métropole du pays, son ouverture sur la Méditerranée et les ambitions économiques qui lui sont assignées exigent une gouvernance davantage orientée vers l’exécution que vers la programmation permanente. La ville ne manque ni d’idées, ni de projets, ni de compétences. Ce qui lui fait parfois défaut, c’est la continuité opérationnelle qui permet de transformer les décisions en réalisations. Les autorités locales semblent aujourd’hui bien conscientes de cet enjeu. Les visites de chantier se multiplient, les évaluations sont plus régulières et les injonctions adressées aux entreprises témoignent d’une volonté de réduire les retards. Cette évolution mérite d’être encouragée.
— Par S.Benali

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